Actualité théâtrale

à La Maison des Métallos, jusqu’au 3 juin 2012

"Quand m’embrasseras-tu ?" Texte de Mahmoud Darwich. Mise en scène de Claude Brozzoni

Au sol, une profusion de tapis d’orient à dominante rouge et, disposés en triangle dans le décor, deux musiciens l’un à l’orgue, l’autre à l’accordéon, et la présence et le chant puissant d’Abdelwaheb Sefsaf disant ou chantant de sa voix puissante, murmurant ou prenant à bras le corps des écrits de Mahmoud Darwich.

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Photo Marc Limousin

Le peintre, lui, n’apparaît que par intermittence. Muni de ses pinceaux ou rouleaux, il recouvre en partie le texte écrit sur l’immense toile du fond dans lequel Darwich raconte la nuit où, fuyant la maison avec sa mère en même temps que des centaines d’autres villageois, il entendit pour la première fois prononcer le mot Liban et où, au bout d’une nuit de marche, il prit conscience qu’un terme violent venait d’être mis à son enfance.
A chacune des interventions du peintre, la toile, où reste toujours lisible une partie du texte d’origine, se modifie, passe par des phases éclatantes et par d’autres, plus sombres et mystérieuses, habitées de visages étranges.

En juillet 2009, le metteur en scène Claude Brozzoni prend la route avec en tête la poésie de Darwich. Au cours de son périple -il parcourt 2000km à pied-, au hasard de rencontres et des moments de solitude, il prend conscience d’une "musique silencieuse qui ne s’entend que dans le calme et la paix".
La voix de Darwich, celle d’un des plus grands poètes contemporains arabes s’impose plus que jamais dans le projet qui se précise sous la forme d’un spectacle simple et dépouillé avec des chants et des paroles fraternelles.
Darwich est bientôt devenu pour Claude Brozzoni, son compagnon de voyage. Celui qui aura accompagné les soixante-dix dernières années de la Palestine mais qui, à aucun moment de ses textes, ne s’est, en dépit de la tragédie qu’a connue le pays et son peuple, complu dans le cynisme, la rancœur, la morosité ou la détresse.
Le spectacle qui résulte de cette recherche a été conçu dans le même esprit, pour le plaisir des sens. Habité de couleurs chaudes, de ses rythmes, de l’inspiration de ses mélodies, des senteurs enivrantes qu’on imagine, il impose Abdelweheb Sefsaf, avec toute son énergie et son charisme, dans une puissance de roc.
Georges Baux s’isole dans les notes de son orgue, de ses guitare et percussions et Claude Gomez dans la jouissive virtuosité de son accordéon.
Thierry Xavier passionne avec ses pinceaux, la magie qui s’opère à chacune de ses interventions quand avec deux ou trois gestes, il modifie, transforme, éteint, illumine, irradie.
Pour ceux qui n’y seraient jamais allés, ce spectacle généreux, doux et rocailleux, devrait être l’occasion de découvrir un lieu magnifique en plein cœur du 11ème arrondissement, vaste, convivial et chargé d’histoire.
Francis Dubois

La maison des Métallos,
94 rue Jean-Pierre Timbaud
75 011 Paris

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