Actualité théâtrale

Maison de la Poésie (Paris) - jusqu’au 13 avril et du 2 au 20 mai

"Quatrevingt-treize" de Victor Hugo

La Maison de la Poésie s’apprête à donner en alternance chevauchée, dans des adaptations et mises en scène de Godefroy Ségal, "Quatrevingt-treize" de Victor Hugo et les "Onze mille verges" de Guillaume Apollinaire.
Pour quelle raison, la Compagnie "In Cauda" a-t-elle, dans son travail, et plus tard dans une programmation, associé ces deux textes ?
La raison en est que dès l’adolescence Hugo et Apollinaire ont eu l’un et l’autre, une véritable fascination pour un même homme, Mirabeau.
Il est devenu pour Victor Hugo, un exemple politique et littéraire, à la fois modérateur et habité de rêves extrêmes. Il est surtout pour lui l’homme de la déclaration des droits de l’homme.
Pour Apollinaire, il est celui qui, enfant, complexé par une hydrocéphalie, lui ressemblait. Celui aussi qui a su lier l’écriture et les lettres à la grandeur de la vie qu’est la sexualité. Celui qui se battait pour la liberté des hommes à être libres et à se découvrir tels qu’en eux-mêmes.

Godefroy Ségal a écrit l’adaptation de l’ultime œuvre de Victor Hugo que celui-ci passa toute sa vie à ressasser, à réfléchir, à penser. Ce "Quatrevingt-treize" qu’il considérait comme une montagne est une œuvre monumentale, colossale, sans manichéisme, juste nourrie du sentiment humain et de la complexité humaine.
La compagnie "In Cauda" portait en projet, depuis une dizaine d’années, ce texte qu’ils considéraient comme une véritable raison d’être en tant que citoyens mais aussi en tant que gens de théâtre.
Ils sont cinq comédiens sur le plateau, face aux spectateurs, munis de quelques accessoires sonores, d’inventivité à revendre, de leur talent et d’une magnifique énergie.
Au-dessus d’eux, sur deux écrans en miroirs, apparaissent les toiles du peintre Jean-Michel Hannecart qui illustrent la situation, le propos ou représentent les personnages.
Sur le plateau, se succèdent Gauvain, Halmalo, Lantenac, Cimourdin ou la Vivandière pour des scènes épiques ou intimistes, pour des joutes oratoires et pour le mélodrame. Ou pour une scène d’anthologie comme le dîner qui réunit Danton, Robespierre et Marat.
Nous sommes en mer, au cœur d’une bataille, ou en plein débat parlementaire à l’assemblée nationale et on y croit dur comme fer.
On assiste à deux heures de théâtre à l’état pur, sans costumes, sans décor, sans artifice, mené par mains de maître par des comédiens hors pairs, de ceux dont on sent bien qu’ils ont pris leur projet à bras le corps et qui, le moment venu, le défendent avec une énergie qui fait plaisir à voir.
Francis Dubois

Maison de la Poésie
Passage Molière
157, rue Saint Martin 75 003 Paris
www.maisondelapoesieparis.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

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