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Un film de Denis Côté (Canada)

"Que ta joie demeure" Sortie en salles le 29 octobre 2014

Denis Côté a planté sa caméra sur différents lieux de travail.

D’un ouvrier à un autre, d’une équipe à une autre, d’une machine à la suivante, il dresse un état des lieux de la petite industrie survivante et de ses "acteurs" voués aux gestes répétitifs, aux pauses chronométrées, à la solitude ou à la convivialité ponctuelle.

D’une fabrique de pièces métalliques à un atelier de textile en passant par un atelier de découpe du bois, il filme les mêmes silhouettes penchées sur l’ouvrage, attentives à la précision du geste, soucieuse de l’efficacité de la manipulation…

Mais Denis Côté se démarque du regard qu’on pose habituellement sur le monde du travail "à l’œuvre".

Il compose, avec un enchaînement de séquences, un documentaire visuel, un film où les postures, les mouvements, les déplacements deviennent des chorégraphies instantanées, parfois figées, posées, en tout cas toujours composées

Les cadrages extrêmement soignés reviennent parfois, avec le travail sur les lumières, sur la répartition des motifs, à des compositions picturales.

Il n’y a peut-être pas très loin de Denis Côté à Alain Cavalier.

Ils ont l’un et l’autre la même façon d’appréhender les silhouettes et les objets, de les éclairer et il se dégage du travail de leurs caméras virtuoses, une poésie, une sorte de lyrisme retenu qui ne dénature jamais le propos initial.
Cinéma : Que ta joie demeure
Avec " Que ta joie demeure ", Denis Côté traite du monde du travail, des difficultés des personnes à assumer la répétitivité des gestes à longueur de journée, de ces réflexes mécaniques qui submergent l’individu et l’éloignent de toute notion de "mission".

La forme cinématographique qu’il adopte, qui parfois frise l’expérimental, laisse cependant tout son pouvoir au projet premier et à sa portée politique.

Le film qui adopte des formes cinématographiques voisines les unes des autres, est ponctué de citations drôles, parfois grinçantes telles " Travailler dur n’a jamais tué personne mais pourquoi prendre le risque" ou citant Courteline :" Le travail est un lieu où les gens qui arrivent en retard croisent dans l’escalier ceux qui partent en avance".

Des plusieurs endroits où il a posé sa caméra, Denis Côté n’en fait qu’un seul lieu.

" Ce n’est pas pour rien si je présente "Que ta joie demeure" comme un film sur l’idée abstraite du travail" dit-il, et il ajoute " Je tenais à filmer un travail industriel fait avec les mains, je voulais capter la beauté du geste, les rituels"

C’est fait et " Que ta joie demeure" qui fait à une lettre près référence à la Bible est un regard cruel sur la joie au travail, loin d’être parfaite…

Francis Dubois

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