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Deux films inédits de Saman Salour (Iran)

"Quelques kilos de dattes" - "Lonely Tunes of Téhéran" Sortie en salles le 1er juin

"Quelques kilos de dattes pour un enterrement" met en présence deux hommes, Sadry et Yado, employés d’une petite station service désertée à la suite de la construction d’une déviation, désormais perdus en pleine steppe et isolés du reste du monde.
L’hiver arrive et, avec lui, les premières neiges. Le froid et l’inconfort de l’habitation ajoutent encore à l’isolement des deux hommes dont le seul contact avec le monde extérieur se limite aux visites que leur rend parfois Orouj, le croque-mort local.
Ce film de Saman Salour a été tourné en noir et blanc pour mieux harmoniser l’image et le récit et souligner le sentiment d’oppression et l’état d’extrême solitude des deux hommes.
L’image grisâtre saisit Sadry et Yado dans le déroulement lent de leur quotidien, s’attarde sur les moments silencieux et témoigne de la fragilité de ces espaces subitement désertés et qui, très vite, n’ayant plus de raison d’être, se détériorent et prennent une allure d’épave, livrés aux débordements climatiques et à la prolifération d’ une végétation anarchique.
"Lonely Tunes of Tehran" met également en scène deux hommes que les circonstances ont marginalisés. Mais à l’inverse de celle de "Quelques kilos de dattes…" l’action se déroule ici non pas à la campagne, mais à Téhéran.
Homme solitaire et taciturne, Behrouz qui exerça les fonctions d’opérateur radio pendant la guerre Iran/Irak retrouve dans la capitale iranienne son cousin Hamid, un être original et fantasque, ingénieur en télécommunications au chômage.
Pour gagner un peu d’argent, ils s’associent et créent une petite affaire clandestine d’installation d’antennes paraboliques. L’entreprise se révèle lucrative mais les deux hommes sont contraints d’exercer leur travail de nuit car l’installation d’antennes paraboliques est illégale dans la capitale.
Si "Quelques kilos de dattes…" reste dans une tonalité d’une solitude grise et oppressante, "Lonely Tunes of Tehran", filmé en couleurs, insiste sur les aspects fourmillants et bruyants de la ville. Mais l’agitation citadine ne masque pas plus la solitude que l’immobilisme de la campagne sous la neige, et n’en dépeint pas moins de façon pathétique, les tentatives de garder, dans des circonstances humiliantes, quelques traces de dignité humaine.
Les deux films pourraient être, à travers les pérégrinations d’êtres marginalisés, les deux faces, finalement proches et de tonalité narrative voisine, d’un monde à la dérive où, pour garder la tête hors de l’eau, les plus atteints se tiennent hors du monde ou sont tenus d’entrer dans l’illégalité.
Les deux récits échappent totalement à la noirceur à laquelle pouvaient se prêter les sujets, la ténacité des personnages les maintenant quoi qu’il arrive, dans une énergie vivifiante.
Francis Dubois

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