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Un film de Morteza Farshbaf (Iran)

"Querelles" Sortie en salles le 25 avril 2012

A la suite d’un différend qui oppose violemment un mari à sa femme, un couple quitte en pleine nuit la maison où ils étaient en visite, laissant sous la responsabilité de leurs hôtes, Arshia, leur garçon d’une dizaine d’années qui a tout entendu de la dispute.

Le lendemain, l’oncle et la tante, tous deux sourds-muets, décident de prendre la route avec l’enfant, à la recherche de ses parents.

Alors qu’ils traversent l’Iran, des régions montagneuses jusqu’à Téhéran, le couple revient, de façon houleuse ou plus calme, sur leurs années de vie commune. Jusqu’au moment où, avertis d’une collision qui s’est produite dans un tunnel, ils reconnaissent dans l’épave, la voiture des parents d’ Arshia.

Après avoir choisi de mettre en scène un couple de sourds-muets, Morteza Farshbaf voulait plonger l’homme et la femme handicapés dans une situation dramatique et complexe : annoncer la plus terrible des nouvelles à un enfant, la mort de ses parents.

Le film commence par un long plan silencieux où l’on suit l’avancée d’une voiture sur une route à travers la campagne. Seuls les sous-titres nous rendent compte d’une conversation que nous n’entendons pas.

Le plan suivant nous place dans l’habitacle de la voiture où se tiennent trois personnages, l’homme et la femme sourds-muets et, assis sur la banquette arrière, l’enfant qui ne se manifeste pas.

Le couple qui échange par signes s’exprime sans précautions, n’imagine pas que l’enfant est en mesure de les comprendre. Ainsi se torturent-ils pour savoir comment ils vont pouvoir annoncer la terrible nouvelle à Arshia alors que celui-ci a très bien saisi le contenu de leur conversation.

Ce road-movie étrange sur lequel planent la mort et de nombreux questionnements, outre le contexte dramatique dans lequel il se déroule, est l’occasion de voir défiler des paysages superbes dont le camaïeu des couleurs est renversant de beauté.

Des aléas ponctuent le voyage. Des pannes de moteur en rase campagne ou à proximité d’une ville au cours desquelles, à chaque fois, pour des raisons pratiques, le trio est tenu de se séparer, conduisent à une inquiétude diffuse que renforce l’indifférence dont le jeune garçon fait preuve à l’égard de son oncle et de sa tante.

"Querelles " fonctionne sur les silences et sur les contrastes de lumières allant de l’obscurité des tunnels aux paysages surexposés, et sur l’étrange atmosphère résultant de la composition du trio.

Mortezza Farshbaf a, dans un souci d’authenticité, fait appel à des acteurs non professionnels et en ce qui concerne l’oncle et la tante, à de vrais sourds-muets. Quant au jeune garçon, il n’a pas appris le texte et n’a jamais lu le scénario. Son jeu répond strictement aux situations.

Le récit est singulier mais il s’en dégage une atmosphère qui rend le film à la fois captivant et émouvant.

Francis Dubois

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