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Un film de Luc Decaster (France)

"Qui a tué Ali Ziri" Sortie en salles le 7 octobre 2015.

Le 9 juin 2009 Ali Ziri fête avec son ami Arezki Kerfali le prochain mariage de son fils.

A un carrefour, les deux hommes sont contrôlés par des policiers, menottés et transportés dans un car de police jusqu’au commissariat d’Argenteuil.

Arezki Kerfali en ressortira le corps et le visage tuméfiés mais le surlendemain 11juin, il apprendra que son ami Ali Ziri est décédé à l’hôpital « d’un arrêt cardiaque ».

Le parquet confirme quelques jours plus tard que le décès est dû à une fragilité cardiaque et à une forte alcoolémie.

Deux semaines après les faits, le juge d’instruction classe l’affaire "sans suite" ce qui écarte tout lien entre l’interpellation et le décès.

Cependant, le commissariat insiste beaucoup pour que le corps d’Ali soit rapidement rapatrié en Algérie. La famille se porte partie civile et demande une contre-expertise et une nouvelle autopsie.

C’est alors qu’à Argenteuil, soutenant les démarches de la famille, les habitants et une quinzaine d’associations locales créent le Collectif "Vérité et justice pour Ali Ziri". Deux avocats sont appelés à défendre le dossier.

Cinéma : qui a tué Ali Ziri

Depuis 2009, des hommes et des femmes se battent pour faire toute la lumière sur les circonstances réelles du décès d’Ali Ziri mais les policiers qui l’ont "encadré" au commissariat sont longtemps restés en poste à Argenteuil et les militants ont essuyé des actes d’intimidation et les manifestations de soutien ont souvent été malmenées.

Pourtant, cinq-six ans plus tard, le noyau dur du réseau associatif est toujours aussi actif et soucieux de voir se faire la lumière sur cette affaire.

Le documentaire de Luc Decaster n’est pas toujours à la hauteur du sujet "exemplaire" qu’il traite. Peut-être a-t-il manqué de matière pour construire un plaidoyer efficace et donner aux faits les particularités qui distinguent le cas d’Ali Ziri, de la longue liste des personnes qui sont mortes "d’arrêt cardiaque" dans des commissariats et des suites de dérapages policiers.

Bien sûr le film dénonce les abus policiers, la mort d’un homme dans les circonstances révoltantes qui ont été prouvées ; mais tel qu’il est présenté ici, les faits restent, malgré la détermination des intervenants, dans les limites du fait divers.

Luc Decaster filme de nombreuses scènes de manifestations de rue mais là encore, aussi convaincus et déterminés que puissent y apparaître les participants, ces séquences restent des scènes de manifestations comme on en a malheureusement vu souvent.

Il en est de même des témoignages qui à deux ou trois exceptions près, sont des redites.

Tout cela, malgré la volonté évidente de convaincre, ne donne pas au film la dimension et l’efficacité qu’on attend.

Peut-être manque-t-il à " Qui a tué Ali Ziri ", une introduction qui aurait retracé l’arrestation des deux hommes et le détail de ce qui a suivi.

La facilité avec laquelle Arezki Kerfali accepte la sentence du jugement auquel il a dû se soumettre pour une faute qui n’est pas clairement énoncée, laisse planer un flou sur les circonstances du contrôle policier et les raisons pour lesquelles les deux hommes ont été menottés.

La personnalité d’Areski Kerfali, sa passivité, sa façon de se tenir toujours en retrait, réduisent la force de la revendication et privent le récit de l’énergie qu’on aurait souhaitée.

L’intervention "appliquée" de Jacques Gaillot, le ton général de la colère exprimée donnent parfois du mou aux séquences.

" Qui a tué Ali" est un film nécessaire. Il n’est pas inutile de dénoncer une fois de plus, les débordements policiers.

Il peut être le point de départ de débats avec des lycéens.

Francis Dubois

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