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Un film de Hiner Saleem (France-Turquie)

« Qui a tué Lady Winsley ? » Sortie en salles le 2 janvier 2019.

Lady Winsley, une romancière américaine est assassinée sur l’île au large de la Turquie où elle semblait avoir trouvé un havre de paix. Le célèbre inspecteur Fergan d’Istanbul est envoyé sur les lieux pour mener l’enquête. Personnage flegmatique, fin observateur, il doit faire face à des secrets bien gardés dans ce coin isolé où les tabous sont nombreux, les liens familiaux étroits, les traditions ancestrales et la diversité ethnique plus large que les esprits.

Cinéma : Qui a tué Lady Winsley ?

Après avoir été inspiré par le western dans «  My sweet pepper land », Hiner Saleem a choisi cette fois de réaliser un polar.

Si le titre de son film évoque Agatha Christie et si le fil de l’enquête ne le dément pas avec un personnage d’inspecteur conforme aux codes traditionnels, avec «  Qui a tué Lady Winsley  » il a su trouver une originalité de ton qui en fait toute la saveur.

L’originalité du film, ce qui le démarque des productions classiques policières, provient du fait que Hiner Saleem a pris de la distance avec les codes du polar qui est un genre souvent dévoyé par la télévision au cours des dernières années.

Première liberté par rapport aux clichés imposés par le genre, le décor si particulier d’un village insulaire qui apporte à lui seul une touche de mystère à l’histoire. L’action se situe dans une sorte d’univers clos. Les habitants sont des ruraux et en premier lieu, un groupe d’hommes âgés représentatifs, qui passent leur temps assis sur un banc et dont l’activité essentielle revient à observer la moindre des allées et venues. Hiner Saleem les aligne en rang d’oignons et les soumet à une chorégraphie du regard qui fait qu’ils agissent tous de la même façon au même instant. Et le groupe d’hommes inactifs devient une sorte de chœur avec des interventions récurrentes qui produisent à la fois un effet comique et reflète le peu de possibilité de se distraire des habitants du village.

Il y a également le fait pour le réalisateur d’avoir choisi de situer le récit au cœur de l’hiver avec une brume insistante, la pluie sur le port, des éléments visuels qui renforcent le caractère oppressant du lieu et ses mystères.

Le film va beaucoup plus loin que la simple enquête policière en questionnant également la place de la femme dans la société turque et en abordant de front la question de l’adultère et sur le fait que la tromperie conjugale est considérée de façon différente quand l’infidèle est la femme ou l’homme, conséquence d’un système patriarcal qui est peu ou pas du tout discuté.

Pour autant le film ne verse jamais dans l’analyse sociologique.

L’association du polar et de la comédie permettent des dérapages cocasses. Ainsi l’absurde de la situation quand l’adultère quasi généralisé s’étend à toutes les femmes de l’île...

Par ailleurs, le fait que Lady Winsley soit une étrangère permet de donner le recul nécessaire pour aborder sans tabous les problèmes d’un pays qui n’est pas le sien ; et à travers elle et le personnage de l’inspecteur Fergan, de parler plus aisément de la place des kurdes dans la société turque.

Un film très attachant où le dénouement de l’enquête peut passer au second plan tant Hinner Saleem aborde de problèmes.

Francis Dubois

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