Actualité théâtrale

Jusqu’au 23 décembre au Studio-Théâtre d’Asnières sur Seine

« Rabelais »

En 1968 Jean-Louis Barrault était prêt à monter à l’Odéon, théâtre qu’il dirigeait, un spectacle sur Rabelais, qui ne s’en tenait pas qu’à Gargantua et Pantagruel mais puisait aussi dans le Tiers, le Quart et le Cinquième Livre . Arriva mai 1968 et l’occupation de l’Odéon par près de 3000 personnes, étudiants, enseignants, ouvriers et intellectuels divers. Barrault refusa de couper l’électricité, craignant pour la vie de ceux qui occupaient. Malraux ne le lui pardonna pas et quelques mois plus tard le limogea. Jean-Louis Barrault ne s’avoua pas vaincu, loua une salle de catch, l’Élysée Montmartre, et y créa son Rabelais, un torrent de plus de quatre heures avec la musique de Polnareff en prime, qui célébrait les aventures de Gargantua et les voyages de Pantagruel et Panurge en quête des plaisirs du corps et de l’esprit. Ce fut un énorme succès !

Théâtre : Rabelais

Hervé Van der Meulen, codirecteur du Studio-Théâtre d’Asnières, a choisi de monter ce Rabelais en l’allégeant un peu (durée réduite à 2h45) avec vingt jeunes comédiens issus de l’École supérieure des comédiens en alternance d’Asnières. L’adaptation rafraîchit un peu la langue pour la rendre plus accessible, mais c’est du vrai Rabelais, avec sa truculence, ses inventions, ses moments scatologiques et grivois, ses exagérations et son rire énorme, sa musicalité aussi avec ses cascades de mots et ses onomatopées. On y retrouve les épisodes les plus fameux, de la naissance de Gargantua à son éducation qui relègue les précepteurs sorbonnards au profit de Ponocrates, adepte d’ une éducation humaniste et morale car « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », des guerres picrocholines à la rencontre avec Frère Jean, de l’épisode des moutons de Panurge aux hésitations de celui-ci sur le choix de se marier ou pas. Le voyage à la recherche de l’oracle de la Dive Bouteille nous conduira sur quelques-unes des îles où abordèrent Pantagruel et ses compagnons, entre autres l’Île de la Condamnation, avec les Chats Fourrés en juges rapaces, l’Île des Papimanes avec son clergé avide de luxe et celle des Lanternois où la lumière conduit à la sagesse et à la vertu jusqu’à l’Île de la Dive Bouteille.

Dans un décor sobre les jeunes comédiens, se coulant dans plusieurs rôles, donnent vie à Gargantua (Benoît Dallongeville), Pantagruel (Mathias Maréchal), Panurge (Valentin Fruitier) et tous les autres. C’est un vrai travail de troupe inspiré et fougueux qu’ils nous offrent, dansant, chantant, se battant et disputant avec une énergie qui emporte tout sur son passage. La musique de Marc-Olivier Dupin, les masques et la scénographie de Claire Belloc et les costumes d’Isabelle Pasquier contribuent au plaisir du spectacle.

On en sort avec l’envie de relire Rabelais, de se replonger dans cet hymne à la joie de vivre et à la tolérance, prêts à « boire l’amour, la vérité et la science ». On garde en tête cette mise en scène, l’enthousiasme des jeunes comédiens et l’on en rit d’avance.

Micheline Rousselet

Mardi, jeudi, samedi à 19h, mercredi et vendredi à 20h, dimanche à 15h30

Studio-Théâtre d’Asnières-sur-Seine

3 rue Edmond Fantin

92600 Asnières-sur-Seine

Réservations : 01 47 90 95 33

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

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