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Un film d’Ahmed A. Jamal (Pakistano-Britannique)

« Rahm la Clémence » Sortie en salles le 11 octobre 2017.

Une jeune femme se trouve face à un dilemme. Vertueuse, elle doit choisir entre son honneur et sauver la vie de son frère.

Cinéma : Rahm

A Lahore, à une époque indéterminée, le gouverneur de la ville, un homme humain et bienveillant mais vieillissant, abandonne son poste et offre sa succession à un jeune député puritain et avide de pouvoir, déterminé à mettre sous le joug de son autorité ce qu’il considère comme la dépravation morale de plus en plus grande des citoyens.

La ville entre alors dans une période où les châtiments exemplaires se multiplient : flagellations publiques pour usage d’alcool, arrestations de danseuses, fermeture des bordels et des salons de massages, condamnations à mort pour adultères.

C’est dans le souci du redressement moral du pays qu’un jeune homme est condamné à mort pour avoir mis sa fiancée enceinte.

Sameena, sa sœur, plaide au cours de rencontres répétées avec Ahad, pour obtenir auprès de lui que sa vie soit épargnée.

Celui-ci, fasciné par la beauté de la jeune fille, lui fait la promesse que la vie de son frère sera sauve à la condition qu’elle accepte de partager son lit.

« Rahm  » est l’adaptation soufie de «  Mesure pour mesure » la pièce de William Shakespeare que Ahmed A.Jamal a transposée dans un Pakistan contemporain.

Lorsque Shakespeare écrivit « Mesure pour mesure » , le situation historique en Angleterre n’était pas éloignée de celle du monde musulman radical actuel.

Les puritains de l’époque ressemblaient beaucoup aux défenseurs de l’islam intégriste dont nous connaissons les dérapages redoutables ; avec cette obsession du châtiment, de l’uniformité des croyances, d’ une interprétation littéraliste et juridique refusant la tolérance et la diversité pourtant inhérente à la civilisation islamique.

Chez Shakespeare l’idée de justice est tempérée par la nécessité du pardon et de la réconciliation.

Il célèbre la diversité des croyances et la possibilité de laisser les humains vivre en paix leur folie ou leurs fantasmes.

Le sujet de « Rahm » est traité dans un respect de la ligne narrative de «  Mesure pour mesure  » et reprend et conserve tout au long la progression dramatique de la pièce.

La sagesse avec laquelle Ahmed A. Jamal traite sa mise en scène provient peut-être de sa fidélité à Shakespeare, du souci qu’il a eu de réaliser une adaptation trop respectueuse de la pièce.

Elle convient à la superposition presque parfaite des deux mais on aurait aimé trouver dans le film, la rugosité que contient le sujet, à sortir un peu de ce sillon d’une fidélité trop grande à l’œuvre initiale..

Pourtant « Rahm » , grâce à cette sagesse de la mise en scène, parvient, avec précision et vraisemblance, à donner quatre cents ans plus tard, une illustration pertinente du monde musulman contemporain si contrasté dans l’interprétation des textes..

Francis Dubois

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