Documents de référence

Rapport sur la mise en oeuvre de la réforme du lycée Entre rappels à l’ordre et invitations à la dérégulation

Ce rapport daté de mars 2012, non signé, émane de la mission d’accompagnement du lycée mise en place par le Ministre Chatel, coordonné par un Inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche et par le directeur général de l’enseignement scolaire.

Mise-en-oeuvre-de-la-reforme-du-lycee - rapport mars 2012

La mission a rencontré d’octobre 2011 à février 2012 les académies métropolitaines : IA-IPR, chefs d’établissements et élus lycéens au CAVL. Les rédacteurs, prétendant être allés « sur le terrain », ne semblent pas perturbés par le fait de n’avoir pas entendu un seul enseignant... Le bilan est peu documenté et de parti pris, et contient des aveux assumés sur la contribution de la réforme à la suppression de moyens, ou au renforcement des pouvoirs du chef d’établissement.
Le rapport ne s’interroge pas sur l’inégale mise en place de la réforme qu’il constate, sur les réticences et les refus « sur le terrain », mais là n’est pas son but : il s’agit simplement, au mépris de ce que vivent ceux et celles qui doivent mettre en place des nouveaux dispositifs souvent peu légitimes, de recadrer, de rappeler à l’ordre, de contraindre une réalité qui ne veut pas forcément se plier aux injonctions ministérielles. Et d’inventer quelques pistes de dérégulation supplémentaires au passage.

Résistances
Le rapport constate des réticences face à l’application de la réforme, qu’il interprète comme des obstacles, et que nous voyons comme la résistance de collègues qui restent attachés à la possibilité de bien faire leur travail. Ainsi, pêle-mêle : les enseignants veulent avoir leurs élèves, dont ils connaissent les difficultés, en accompagnement personnalisé (AP), et ne souhaitent pas utiliser le Livret Personnel de Compétence du socle commun ; les profs de SES veulent enseigner leur discipline (!) ; les professeurs de langues vivantes ne veulent pas des groupes de compétence ; même les proviseurs freinent devant la mise en place du tronc commun de 1ère ; le tutorat reste globalement lettre morte... La mission aurait pu s’interroger sur ce refus d’appliquer des mesures jugées négatives. Mais ce n’est pas son optique, et elle se satisfait de l’approbation unanime des... chefs d’établissement et des IPR.

Perseverare diabolicum
Les préconisations qui suivent chaque « constat » ne laissent pas de doutes : face à une réalité qui résiste, il faut marteler le dogme. Donc la mission martèle : l’AP ne doit pas être disciplinaire, et doit comporter de « l’orientation » ; les enseignements d’exploration ne doivent pas être des « cours », ni être « évalués » (ce que les textes n’ont jamais dit) ; il faut mettre en place des groupes de compétences en langues vivantes, des classes « tronc commun » en 1ère, du tutorat, des stages passerelles ou remis à niveau ; etc.

Mais la mission veut pousser plus loin la dérégulation : elle préconise par exemple que, de façon plus systématique, les enseignants n’aient pas leurs élèves en AP. Elle propose aussi des modifications des enseignements d’exploration : « fusion » de SES et PFEG pour des prétextes fallacieux ; « simplification » (c’est-à-dire réduction du nombre) des enseignements d’exploration technologiques. Le SNES a déjà dénoncé tous les dangers que comportent ces orientations.

Aveux
Au détour de certaines analyses, la mission fait des aveux : cette réforme a permis de donner plus de poids au chef d’établissement dans les questions pédagogiques (AP, heures à effectif réduit), et elle « a conforté le rôle du conseil pédagogique ». Elle était donc bien un outil de management avant tout. Elle a engagé une transformation en profondeur, et très perturbatrice, des métiers. Elle a enfin « souvent permis de mettre fin à des dédoublements qui, au moins pour une partie de l’année, ne se justifiaient pas », en obligeant chaque discipline à « justifier les raisons pour lesquelles elle demande à bénéficier de groupes à effectif réduit ». Comment mieux dire que la réforme permet de supprimer des moyens ?

Au final, un rapport de circonstance, instruisant à charge.

Au fil du texte
1. Enseignements d’exploration (7 pages)
Enseignements SES et PFEG : la mission rappelle qu’ils ont vocation à « être assurés aussi bien par les professeurs de SES que d’écogestion ». Deux IG (SES et PFEG) semblent être à l’origine de l’idée de fusionner ces enseignements afin de ne pas « prédéterminer » les élèves, qui semblent se diriger en masse vers SES y voyant, « poids des représentations sociales » oblige, une orientation vers la voie générale. Le rapport déplore que l’enseignement de SES soit « un véritable cours » et que les enseignants « se comportent comme des enseignants des disciplines du tronc commun » lors des conseils de classe ! La mission préconise de substituer à l’offre actuelle un seul enseignement « qui permette d’aborder la macro- et la micro-économie, le droit, les sciences de gestion et les sciences sociales ».
Pour les enseignements technologiques industriels, le rapport se contente de pointer deux stratégies : certaines académies ne les ouvrent que dans les lycées industriels historiques, de façon à ne pas les fragiliser, d’autres les ouvrent largement et on constate des flux d’élèves importants en fin de 2de. La deuxième stratégie s’avérerait plus payante que la première, mais le rapport propose d’en faire un bilan. Il propose de façon obscure de « simplifier » ces enseignements en les « regroupant ».
Il confirme enfin que le double statut d’enseignements d’exploration et d’option nuit à la filière L-Art, à l’avenir de laquelle il faut être vigilant, et suggère de clarifier les statuts exploration / option.

2. Accompagnement personnalisé (7 pages)
L’AP est très lié au conseil pédagogique, au renouvellement du métier d’enseignant. Regret du manque de liaison 3ème-2de. Problème de la non reconnaissance officielle du temps de coordination important que nécessite la mise en place de l’AP. Demande des chefs d’établissements
et des lycéens de formation des enseignants à l’AP, « évolution du métier », « qui ne peut se limiter à la mise en ligne (...) d’outils ou de bonnes pratiques » ni à une « simple autoformation ». Le rapport préconise que l’AP ne soit pas pris en charge par les enseignants de la classe.
Le rapport déplore que ne soit pas mis en place davantage de travail sur l’orientation, qui devrait selon lui prendre le tiers de l’horaire en 2de et redoute une « redisciplinarisation » du dispositif. Il souhaite des organisations permettant « de séquencer travail en grands groupes et en petits groupes ».

3. Heures de groupe à effectif réduit (2 paragraphes !)
Le deuxième se passe de commentaire :
« Tous les chefs d’établissement s’accordent à considérer que, même si les marges réelles de l’établissement sont plus faibles que celles théoriquement affichées en raison des dédoublements inévitables, tels que ceux imposés par le nombre de places limité dans les salles de travaux pratiques ou les laboratoires de langue, la répartition des heures de groupe à effectif réduit constitue un véritable levier au service du projet pédagogique de l’établissement. Comme pour la mise en place de l’AP, la discussion sur cette répartition a conforté le rôle du conseil pédagogique et le fait que chaque discipline doive désormais justifier les raisons pour lesquelles elle demande à bénéficier de groupes à effectif réduit a souvent permis de mettre fin à des dédoublements qui, au moins pour une partie de l’année, ne se justifiaient pas. De fait, des différences sensibles ont été relevées entre établissements ou, au sein d’un même établissement, d’une année sur l’autre dans la répartition de ces heures, preuve de ce que désormais les groupes à effectif réduit sont au service de la pédagogie et non plus attribués de manière mécanique, ce qui est jugé très positivement par tous les chefs d’établissement. »

4. Groupes de compétences en langues vivantes (1 page)
La mission continue de défendre et promouvoir, envers et contre tous, les groupes de compétences, alors même que les chefs d’établissements en font un bilan « nuancé » et que les IA-IPR sont selon elle « désarmés pour jouer le rôle d’impulsion qui devrait être le leur ». Elle pense que l’évaluation des compétences langagières au bac va améliorer la situation !

5. Stages de remise à niveau et stages passerelles (1,5 pages)
« Lorsque ces stages sont mis en place, ils rencontrent toujours un grand succès auprès des élèves comme de leurs parents ». Ce n’est pas les échos que nous avons. La mission reconnaît la difficulté de trouver des enseignants volontaires, rappelle qu’il est possible de faire appel à des enseignants extérieurs à l’établissement et recommande la mise en réseau des lycées pour des stages filés (que les élèves semblent selon le rapport préférer) ou durant les vacances.

6. Tutorat (1,5 pages)
Rappel de l’obligation de mise en place, demande d’une meilleure définition de son contenu et de sa rémunération.

7. Réforme de la classe de première (3 pages)
La mission souligne les réticences des proviseurs à généraliser les classes de tronc commun : elles sont mises en place pour des motifs d’économie de moyens et non pédagogiques. Cependant, « la souplesse que donne le tronc commun pour changer de série en cours d’année est unanimement saluée par les proviseurs ». « Les élèves ont par ailleurs régulièrement soulevé l’absence de mathématiques (…) dans le tronc commun ».
Réforme de la voie technologique : la mission demande de clarifier les poursuites d’études pour les élèves, et à ce que les emplois du temps facilitent le plan de formation des enseignants.

8. Vie lycéenne (3 pages)
« De part ses attributions nouvelles, le CVL apparaît, au côté du conseil pédagogique, comme l’organe consultatif sur lequel le proviseur peut s’appuyer pour la gouvernance de l’établissement, notamment et y compris en matière pédagogique ». La mission déplore que les chefs d’établissements soient « réticents ». Elle recommande un outil valorisant l’engagement des lycéens, ce qui a depuis été fait dans le livret scolaire.
Par ailleurs, elle rappelle que les FSE doivent disparaître au profit des Maisons des lycéens, associations loi de 1901 gérés par les élèves.

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