Au fil des luttes...

Réaffirmer la place du cinéma et de l’audiovisuel dans le champ de l’art et de la culture

S’inscrivant dans le cadre des graves menaces de régressions pesant sur la culture de qualité, affectant tout autant le cinéma de qualité indépendant, l’accès à cette qualité sur tout le territoire que le spectacle vivant, dont nous avons éclairé la dimension globale, nous publions ci-dessous le texte de l’appel du Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle pour ce vendredi 22 février. Il fait suite au rassemblement du 11 janvier à Paris, évoqué dans notre contribution du 21/2/2008. L’intégralité de cet appel, des témoignages et les détails de cette mobilisation des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel sont accessibles sur www.cinema-diversite-culturelle.blogspot.com.Philippe Laville

Appel
du collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle à une mobilisation nationale des professionnels vendredi 22 février 2008 à 21h00 au moment de la cérémonie des César
Afin d’alerter à la fois les pouvoirs publics, les élus locaux, la presse, le public et l’ensemble de la profession du cinéma et de l’audiovisuel sur la nécessité de préserver les aides à l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle tout en défendant les principes d’une politique volontariste pour le cinéma fondée sur l’exception culturelle et l’aménagement du territoire, (… voir intégralité de l’appel])

Nous qui créons, fabriquons, produisons, diffusons, accompagnons des films partout en France, qui amenons le cinéma dans les villages, les quartiers, les écoles, dans des salles et aussi dans la rue, dans les hôpitaux ou dans les prisons, qui organisons des festivals, des ateliers, des rencontres entre les professionnels et le grand public,
nous qui soutenons un cinéma de qualité, d’indépendance et de création, dans le cadre d’une politique nationale concertée et durable fondée sur l’intérêt général,dans le cadre de la reconnaissance par l’OMC du principe de l’exception culturelle et pour la diversité culturelle soutenue par l’UNESCO,
appelons solennellement l’État à réaffirmer la place du cinéma et de l’audiovisuel dans le champ de l’art et de la culture.

Les faits et les principes.
Mobilisation des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel face au désengagement brutal de l’Etat concernant l’action et la diffusion culturelles.Toute forme de désengagement a des conséquences sur les politiques locales.
Vendredi 11 janvier 2008, au cinéma Saint-André-des-Arts à Paris, près de 300 structures professionnelles, associations, réalisateurs, acteurs enseignants... étaient mobilisées pour demander aux pouvoirs publics le maintien des crédits des DRAC destinés à l’action culturelle cinématographique (associations régionales de salles de cinéma, dispositifs d’éducation au cinéma, aide au court-métrage, aux festivals...).Mme Christine Albanel, ministre de la Culture, a assuré ces structures du maintien de l’enveloppe de 5 millions d’euros correspondant aux crédits “cinéma” déconcentrés en DRAC. Mais l’ensemble des actions suscitées est financé également par d’autres lignes administratives (transmission des savoirs, pratique artistique, patrimoine...) qui sont soumises à de fortes baisses annoncées. L’arbitrage dans chacune des DRAC est actuellement en cours.
Attaques juridiques, médiatiques et pressions commerciales contre les cinémas indépendants Art et Essai
Depuis quelques mois, plusieurs opérateurs de l’exploitation mènent une campagne juridique et médiatique à l’encontre de projets de cinéma à dominante culturelle portée par des cinémas municipaux (comme le Méliès à Montreuil) ou privés (comme le Comédia à Lyon). Le motif de ces attaques est celui de la concurrence déloyale. Ce discours discriminatoire à l’encontre d’une grande partie de l’exploitation est aujourd’hui abondamment relayée par la presse professionnelle ainsi que par la Fédération nationale des cinémas français. On soulignera la quasi-absence de prise de position publique des élus locaux et nationaux (à l’exception du maire de Montreuil et de l’adjoint à la culture de la Ville de Paris). Qu’il y ait des problèmes de rentabilité et d’amortissement dans l’exploitation est une chose. Que dans un contexte de transformation des loisirs (internet, téléphone portable...) et de vieillissement des publics, on veuille désigner les plus fragiles comme boucs émissaires en est une autre.
Un cinéma à 2 vitesses ?
Des pressions de plus en plus fortes sont exercées sur les distributeurs de films indépendants pour priver les exploitants situés en périphérie ou bien dans les zones rurales de l’accès rapide aux films porteurs art et essai. Selon le médiateur du cinéma (rapport 2007) : « le risque d’un cinéma à plusieurs vitesses est devenu une réalité,une réalité qui pourrait si l’on y prenait garde, remettre en cause la tradition de diversité et le principe de solidarité qui fondent notre vie culturelle ».Constitution d’une commission chargée d’étudier les règles de la concurrence dans l’exploitation : en septembre dernier, la ministre de la Culture a créé la commission Leclerc-Perrot chargée d’étudier les règles de concurrence dans l’exploitation cinématographique. Nous attendons ses conclusions.
Numérique : une mutation risquant de pénaliser la petite exploitation
La mise en place de la diffusion numérique est imminente. Certaines modèles économiques proposés pénalisent la petite exploitation. Dans ce contexte de mutation, la solidarité entre tous les acteurs est indispensable.

Considéré comme un exemple par nos voisins européens, le modèle du cinéma français risque d’être remis en cause par un désengagement de l’Etat et par les tenants de la libre concurrence
Avec une production annuelle de 200 films, un parc de cinémas de plus de 2 000 établissements répartis sur tout le territoire, et une fréquentation annuelle supérieure à 170 millions d’entrées, le cinéma français est perçu, à juste titre, comme un modèle par nos voisins européens. Ce modèle repose sur quatre principes essentiels. Le principe de l’exception culturelle qui légitime l’intervention des pouvoirs publics à tous les niveaux de la chaîne du cinéma, de la production à la diffusion. Le principe de la solidarité entre tous les acteurs du secteur, à travers le système du fond de soutien à l’industrie cinématographique. Le principe de la défense du cinéma comme outil culturel d’aménagement du territoire et de cohésion sociale, illustrée notamment par l’action de l’Agence pour le développement régional du cinéma (l’ADRC) et qui légitime l’action des collectivités territoriales. Enfin le principe de l’éducation au cinéma, de la recherche de nouveaux talents, qui légitime l’action culturelle de terrain et permet de former le goût des spectateurs. Aujourd’hui, on remet en cause l’accès aux films de certains cinémas aidés. A quand la suppression, au nom d’une concurrence « loyale », des aides sélectives aux distributeurs ou même de l’avance sur recette ? En résumé, nous craignons qu’une politique volontariste qui défend l’intérêt général du public et des oeuvres soit remplacée par une politique qui privilégie certains opérateurs et, de ce fait, certains territoires.

Extraits du Manifeste d’intérêt général pour une Education artistique durable et concertée - juillet 2006
« Face aux assauts quotidiens de la marchandisation, nous voulons que nos enfants apprennent à distinguer une oeuvre d’un produit. Dans une société du divertissement et de la médiatisation, nous voulons que nos enfants aient toujours le choix des arts et de la culture. Dans une société fragmentée, nous voulons que la diversité des esthétiques et des pratiques soit une chance et une arme contre les déterminismes. Face à une vision réductrice et normalisatrice de la réussite scolaire, nous voulons que l’éducation de nos enfants réconcilie et valorise toutes les formes d’intelligence. » (FPEA – Forum permanent de l’éducation artistique)

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