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Un film de Matteo Garrone (Italie)

"Reality" Sortie en salles le 3 octobre 2012

Luciano, la petite quarantaine, chargé de famille, vit et travaille dans un quartier populaire de Naples. Pour faire vivre son petit monde, il vend du poisson et à l’occasion, tente de mettre sur pied de petites escroqueries foireuses.
Un jour, poussé par ses filles, friandes du Reality-Show "Il grande fratello" que toute la famille regarde à la télévision, il est poussé à concourir pour une participation qui le rendrait célèbre et mettrait un terme à ses soucis financiers.
Ses talents de gouailleur semblent convenir au ton de l’émission si bien qu’après le passage devant le jury, il est certain d’avoir convaincu et qu’il sera retenu.
La famille et le voisinage, en anticipant le succès de Luciano, plonge "le héros" du quartier dans une situation difficile et le pousse à commettre une suite d’erreurs qui le conduiront à s’égarer et à perdre sa bonne humeur et son bon sens.
"Reality" se découpe en trois parties distinctes aux tonalités contrastées. Un premier tiers du film renoue, non sans un certain bonheur, avec le cinéma italien des années 60-70. Peinture sensible d’un quartier populaire bruyant, bigarré. Personnages hauts en couleurs, expansifs et généreux. Luciano révèle, dans ce foisonnement, sa nature de jeune homme charmeur et hâbleur mais dissimule parfois mal, sous ce vernis, une touchante fragilité.
Le récit échappe totalement à la vulgarité, à la caricature et reste sur une belle ligne de truculence.
Dans son deuxième tiers, le film aborde la période où, chez Luciano, le doute s’installe. Il doute du verdict du jury qui l’aura peut-être évincé, de son honnêteté, de sa générosité et se trouve tout à coup confronté à un autre lui-même, maussade et fuyant, mais généreux au point de distribuer, par la fenêtre, au premier venu, tous ses biens.
Dans cette partie du film un peu moins réussie, les personnages récurrents du récit sont toujours présents et savoureux, même s’ils doivent s’adapter à une nouvelle tonalité.
Mais la générosité ne suffit pas au rachat de l’âme de Luciano, à apaiser sa déception et à affronter ses échecs. Et voilà le joyeux drille, dans une troisième partie du récit, devenu mystique et poussant sa croyance en Dieu jusqu’à aller se joindre à un rassemblement de prières, devant le Vatican.
Est-ce le désarroi d’un homme engagé sur une mauvaise voie ou la folie qui guette ?
Quittant la prière au bon milieu, il ira dans la seule église qui tienne pour lui, l’endroit où évoluent pour l’émission, les personnages de "Il Grande Fratello" et il ne trouvera d’apaisement qu’une fois installé, incognito mais heureux, allongé dans le décor qu’il avait tant rêvé d’habiter.
La progression du récit déroute et ce qu’on gagne en émotion ne console pas du fait d’avoir laissé de côté la comédie.
Luciano est-il la victime d’un monde cruel qui laisse de moins en moins de place à la fantaisie et sacrifie ceux qui persistent dans l’optimisme, ou bien le sujet de "Reality" se résume-t-il à une critique de la télévision, machine à rêver dont les engrenages pourraient être redoutables ?
Le film fait-il état d’un petit monde populaire en fin de parcours puisqu’on ne peut plus fonctionner ni sur l’insouciance, ni sur la bonne humeur, ni sur la solidarité.
Francis Dubois

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