Année 2017-2018

Réforme du bac et du lycée : en marche vers le système britannique (Rouen)

Un bac maison au service d’une sélection généralisée

La loi relative à l’« Orientation et à la Réussite étudiante », instaurant la sélection à l’entrée des universités, remet en cause le rôle du baccalauréat qui jusqu’ici permettait aux lauréats de cet examen de poursuivre des études supérieures dans la filière de leur choix.

Cet examen devenant un simple diplôme de fin d’étude de l’enseignement secondaire, le ministre de l’éducation national entend désormais le réformer en limitant à 5 le nombre d’épreuves terminales nationales (qui ne compteront plus que pour 60 % dans l’obtention du baccalauréat) :

- une épreuve de Français (passée en fin de 1re) ;
- deux épreuves (passées en terminale au retour des vacances de printemps) correspondants aux disciplines de spécialités choisies par l’élève au cours de son cursus au lycée ;
- une épreuve de philosophie (passée en terminale dans la 2e quinzaine de juin)
- un Grand Oral - sur le modèle des actuels TPE de 1re – (passé en terminale dans la 2e quinzaine de juin).

L’évaluation des autres disciplines – qui comptera pour 40 % dans l’obtention du baccalauréat – se fera sous forme de contrôles locaux (contrôle continu (10 %) et épreuves ponctuelles (30 %) tirées d’une banque nationale de sujets et corrigées par les enseignants de l’établissement).

Cette réforme aurait pour conséquence d’enlever au baccalauréat son caractère national, les critères d’évaluation et le niveau des sujets posés dans le cadre du contrôle continu pouvant différer d’un établissement à l’autre. Cela accentuerait également la pression exercée sur chaque professeur par l’élève et ses parents (puisque désormais chaque note du cycle terminal compterait pour l’obtention du baccalauréat) et par le chef d’établissement (qui a intérêt à maintenir un bon niveau de réussite au baccalauréat sous peine de voir l’image de son lycée dégradée).
Contrairement à l’objectif annoncé par le ministère visant à simplifier l’organisation du baccalauréat, la mise en place – laissée à la charge de l’établissement - d’épreuves ponctuelles en 1re et en terminale pour les disciplines étudiées par l’élève désorganiserait encore davantage son fonctionnement comme le font les actuelles épreuves en cours d’année de langues vivantes. De nombreuses journées de cours seront ainsi perdues pour mettre en place ces épreuves. La charge de travail des enseignants s’en trouverait par ailleurs accrue puisqu’ils devront corriger ces épreuves, tout en continuant de faire cours en parallèle. La liberté pédagogique de chaque enseignant s’en trouverait limitée puisqu’il faudra que tous les enseignants d’une même discipline aient traité les mêmes parties du programme pour les épreuves ponctuelles en milieu d’année.

La mise en place d’un bac maison pourrait enfin avoir des conséquences dramatiques pour la poursuite d’études en université, certains élèves risquant de se voir automatiquement écartés en fonction de leur lycée d’origine.

Pour le SNES-FSU, la valeur du baccalauréat doit être renforcée en revoyant la nature des épreuves, leur durée, leurs coefficients. Cependant, il doit reposer sur des épreuves finales, terminales, nationales et anonymes et demeurer le 1er grade universitaire permettant à chaque bachelier de poursuivre des études supérieures dans la filière de son choix.

Un lycée à la carte dans lequel le choix des enseignements de spécialité sera déterminant pour la poursuite d’études supérieures

Le ministre de l’éducation nationale veut supprimer les séries du lycée général et mettre en place un lycée modulaire dans lequel les enseignements seraient regroupés en quatre domaines :
- un « socle de culture commune » contenant les disciplines suivantes : Français (en 1re) ou Philosophie (en Terminale) - Histoire Géographie - Enseignement moral et civique - LV1 et 2 – EPS - humanités scientifiques et numériques ;
- 3 « disciplines de spécialité » en première se réduisant à 2 en terminale au choix parmi : Arts - Histoire Géographie, géopolitique et sciences politiques – humanités, littératures et philosophie - langues et littératures étrangères – mathématiques - numérique et sciences informatiques – SVT - Physique Chimie - Sciences de l’ingénieur - SES ;
- un module d’orientation ;
- un enseignement facultatif en 1re (au choix parmi Arts, LCA, EPS, LV3) ou 2 en terminale (même choix qu’en première + mathématiques expertes - mathématiques complémentaires - droits et grands enjeux du monde contemporain) ;

Les « disciplines de spécialité » choisies par l’élève seront ainsi déterminantes pour la poursuite d’études envisagées dans l’enseignement supérieur. Un élève qui souhaiterait se réorienter à l’issue du lycée risquerait de se voir fermer les portes de l’enseignement supérieur si les enseignements de spécialité choisis ne correspondent plus à l’orientation souhaitée.
Autant dire que demander à un élève de choisir en fin de seconde un parcours compatible avec un choix d’orientation post-bac ne peut qu’aggraver les inégalités sociales, entre les « initiés » et tous les autres que le gouvernement ne veut pas voir à l’université. Ce système réduit l’orientation à de la gestion de flux au service d’une sélection généralisée à l’entrée de l’enseignement supérieur.

Par ailleurs, il est à craindre que l’offre de formation soit très différente selon les lycées, ce qui entraînerait une inégalitaire territoriale.

Le SNES-FSU reconnaît que le fonctionnement actuel du lycée n’est pas satisfaisant. Si une réflexion est nécessaire pour faire évoluer le contenu des enseignements et l’architecture du lycée, celle-ci ne peut se faire dans la précipitation. Dans tous les cas, une réforme qui aura pour conséquence d’appauvrir les parcours des élèves ou les enfermer dans des choix d’orientation précoce ne correspond pas à la nécessaire élévation des niveaux de qualification.

Dans l’immédiat, le SNES-FSU exige l’abandon de la réforme Blanquer du lycée général et du baccalauréat.

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