Année 2016-2017

Réforme du lycée : demandez le programme ! (Lille)

Après une procédure de bilan tellement floue et inadaptée que le SNES et d’autres avaient très vite claqué la porte, le Ministère (MEN) a établi un « bilan » au 4 juillet, toujours pas publié - mais le Snes-Fsu a pu le lire.

Si ce bilan consistait surtout à « noyer le poisson », on y trouvait également des indications sur ce que pourrait être la « nouvelle étape de la réforme » annoncée par F. Hollande à la rentrée.

Améliorer la transition 3ème-2nde ?

Voilà un objectif louable. Le MEN constate que « la « rupture » à l’entrée en 2nde est ressentie tant par les lycéens que par les parents ». Solution ? « Des périodes d’accueil des élèves à l’entrée en 2nde (...) permettraient de réduire ce sentiment de rupture », et « le livret scolaire unique du CP à la 3ème (…) sera utile au positionnement des acquis des élèves » pour organiser l’AP. Enfin et surtout, « l’articulation entre les compétences et connaissances attendues en fin de 3ème et les enseignements de 2nde mériterait d’être renforcée au lycée (…). Il faudrait donc fournir aux professeurs du lycée des points d’appui dans les programmes de la classe de 2nde, permettant de continuer à travailler les compétences du socle commun ».

La manoeuvre est assez peu subtile : utiliser un pseudo-bilan de la réforme du lycée pour promouvoir la logique du « socle » et des « compétences » en lycée, et pour préparer le lycée aux élèves issus de la réforme du collège (on sait que le MEN envisage d’adapter les programmes de lycée aux nouveaux programmes de collège). Et dans le même temps, réussir à gloser sur la « rupture » en 2nde sans jamais évoquer les effectifs par classe... Gageons, bien sûr, que se retrouver entassés dans des classes à 35 n’a aucun effet sur le sentiment de « rupture »...

Que faire de l’AP ?

Evoquant une pseudo-enquête auprès des lycéens (dont on ne sait rien...), le MEN note « qu’il se dégage de l’enquête un intérêt pour l’accompagnement personnalisé
qui va croissant en fonction du niveau : (...) 27 % [des lycéens de LEGT] le jugent utile ou très utile en 2nde, ils sont 37 % à le penser en 1ère et 54 % en terminale ».

Censées démontrer le caractère satisfaisant de l’AP, ces données montrent en réalité le rejet dont ce dispositif est l’objet de la part des lycéens... en particulier en 2nde (le rejet restant moins fort quand l’AP est plus strictement disciplinaire). Mais peu importe, le SGEN et l’UNSA apprécient le dispositif, et le MEN conclut que « plus que sa remise en cause, c’est l’amélioration de son efficacité et de sa lisibilité qui est attendue. Car l’accompagnement personnalisé est vu comme un espace de liberté où peuvent s’exercer de nouvelles pratiques pédagogiques (...) ». L’enjeu porterait simplement sur « la question de son pilotage et de son accompagnement ».

Le propre du discours idéologique est qu’il se moque du réel : peu importe que les enseignants n’aient pas attendu l’AP pour diversifier leurs pratiques ; peu importe l’inefficacité de l’AP lorsqu’il est déconnecté des disciplines et du groupe-classe ; peu importe la désorganisation qu’il entraîne souvent, notamment en 2nde... Il faut juste mieux « piloter » et « accompagner ».

Et en vrac...

On apprend que les lycéens interrogés (?) sont très satisfaits des TPE et qu’il y a un « consensus » (de ceux qui sont d’accord...) pour étendre la logique des TPE (des EPI en lycée ?) et du « travail en projet » (il faut simplement une meilleure formation des enseignants).

On apprend que certains enseignements d’exploration (SES et PFEG) sont trop pré-déterminants, sans qu’aucune preuve en soit apportée... et pour cause. Mais surtout, on assiste à un bel exercice de ventriloquie : « les lycéens préconisent de renforcer
l’exploration en seconde en permettant d’aborder plusieurs enseignements dans l’année par une organisation semestrielle »... et si on ressortait la réforme Darcos de 2008 ?

Concernant le bac, on apprend que les lycéens veulent davantage de « projets » et de contrôle continu, et que « les CCF ou ECA sont appréciés et demandés par les élèves (...) alors que les enseignants et les chefs d’établissement regrettent les contraintes organisationnelles qu’engendre ce mode d’évaluation » : rien, bien sûr, concernant l’affaiblissement de l’examen et du diplôme lui-même... De toute manière, « pour les chefs d’établissement et les organisations syndicales [mais lesquelles ?], il y a nécessité de reconsidérer l’ensemble du système d’évaluation certificative, peu croient à des améliorations touche par touche ». A ce sujet, Terra Nova, inspiratrice de la réforme du collège, a fait connaître ses projets... (voir ci-dessous)

Quant à l’autonomie des établissements, clé-de-voûte de la réforme de 2010, si une timide critique est évoquée, elle est vite recouverte par la célébration des « marges de manoeuvre » que l’autonomie accorderait aux équipes... Le discours idéologique se moque bien du réel.

Renforcement de ce qui ne marche pas, aggravation des effets délétères de la réforme de 2010, et adaptation du lycée à la réforme du collège : entre les lignes
remplies de dénégation des problèmes, on trouve bien quelques éléments d’une « nouvelle étape de la réforme ». Et ils ne sont pas rassurants.

Romain Gény

Vous prendrez bien un peu de réforme du bac ?
Dans un « rapport » paru début juin 2016, Terra Nova (« think tank » proche du PS et des syndicats d’accompagnement) avance des propositions pour réformer le bac ainsi que l’organisation des enseignement en lycée – plus précisément le cycle terminal (et en réalité, essentiellement les enseignements généraux et séries générales). Les principales « propositions » :
- organisation du cycle terminal en 4 semestres (2 en 1ère, 2 en terminale) ;
- durant chaque semestre, les élèves suivent (et valident) 7 « unités d’enseignement
 » (UE) de 4 h chacune ;
- « les disciplines étudiées incluront toutes les disciplines générales (français, histoire-géographie, langue vivante, EPS, philosophie, mathématiques, sciences expérimentales) » (les professeurs d’enseignements artistiques ou de SES, par exemple, apprécieront) ;
- les élèves choisissent dès la fin de la 2nde les disciplines qu’ils étudieront, sachant que chaque discipline peut donner lieu à des UE différentes (de base, d’approfondissement… on peut donc par exemple suivre 2 UE de français et 3 UE de maths pendant le même semestre ou la même année) ;
- la validation de la plupart des UE se fait en « contrôle en cours de formation », et les épreuves finales sont réduites à 2 épreuves en fin du semestre 2 (fin de 1ère – français et une autre discipline), et 2 autres épreuves en fin de semestre 3 (février de l’année de terminale – philosophie et une autre discipline) ;
- le semestre 4 prend essentiellement la forme d’un travail interdisciplinaire
sur le modèle des TPE.
Semestrialisation, responsabilité de l’élève dans la construction de « parcours » de plus en plus différenciés et individualisés, généralisation du CCF... Ce projet se présente comme novateur, mais se contente essentiellement de recycler, avec quelques modifications marginales, le projet de réforme de Darcos de 2008... qui avait été massivement rejeté par la profession et les élèves.

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