Courriers

Réforme du lycée : lettre du SNES-FSU au Ministre Chatel

Paris, le 7 janvier 2011

Monsieur le Ministre,

Vous vous félicitez dans votre point d’étape du 1er décembre 2010 d’un lycée qui serait « plus en phase avec son époque ». De quelle époque s’agit-il ? Le lycée « bénéficie » de tous les errements de la politique éducative que vous menez actuellement : mise en concurrence des établissements de par la disparition de la carte scolaire et la marge de manœuvre laissée par la dotation globalisée, mise en difficulté des élèves dont les heures de cours diminuent et dont les conditions de travail se dégradent, mise en difficulté des enseignants sommés de réussir la mise en place d’une réforme dont ils ne voient pas le bien fondé (voir l’item sur la Seconde du sondage dont vous faîtes état dans votre point d’étape).

Partout dans les lycées, les enseignants nous font part de leur profond désarroi devant la complexité des situations dans lesquelles cette réforme et sa mise en application précipitée les placent :

  • vous n’avez pas tenu vos promesses de formation : les formations disciplinaires sur les nouveaux programmes ne se sont pas tenues partout, les formations à l’accompagnement personnalisé n’ont touché au mieux qu’un petit public désigné, il n’y a pas eu de formation au tutorat des élèves qui se met pourtant en place ici et là ;
  • la gestion locale de la dotation globalisée n’améliore pas l’efficacité du système. Elle a conduit à des bras de fer entre enseignants et avec les directions d’établissement, qui nuisent à la sérénité du travail et ont conduit à des arrangements inacceptables : horaires élèves variables d’un établissement à l’autre et planchers parfois non respectés, accompagnement tout sauf "personnalisé". La classe de Seconde devient illisible, les inégalités scolaires en sortiront renforcées ;
  • l’accompagnement personnalisé est un immense gâchis, dont on ne voit pas l’intérêt de sa poursuite en Première. La majorité des collègues avoue ne savoir qu’en faire, sauf quand il est rattaché aux disciplines. Le travail individuel sur l’orientation, notamment, devrait être pris en charge par les Conseillers d’orientation psychologues et non par les enseignants ;
  • les programmes disciplinaires sont pour certains très contestés, et plus encore ceux de Première ;
  • en voie technologique, les rectorats tentent d’imposer des formations aux enseignants des disciplines technologiques industrielles en plus de leur temps de service, ce qui n’est ni acceptable, ni réglementaire.

C’est pourquoi nous vous demandons solennellement, dans l’urgence

  • pour la classe de Seconde :
    de donner un cadrage national disciplinaire aux heures d’enseignement en groupe à effectif réduit, de recentrer l’accompagnement personnalisé sur les disciplines,
  • pour la classe de Première générale et technologique : de surseoir à la mise en place de la réforme

Nous vous demandons enfin de rouvrir le débat sur les objectifs du lycée général et technologique en terme de formation de la jeunesse de ce pays, afin de mettre en place une réforme qui permette la réussite des générations à venir.

Veuillez croire, Monsieur le ministre, en notre attachement au service public d’Education.

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