Année 2017-2018

Réformes du bac et du lycée : une attaque sans précédent (Bordeaux)

Après les annonces sur la réforme de l’orientation dans le supérieur qui installe une sélection, sans utiliser le mot, et met fin au droit à la poursuite d’étude à l’université pour tout bachelier, le gouvernement continue avec la réforme du bac et, ce qui n’était pas annoncé, la réforme du lycée, en commençant par la classe de seconde.

Là aussi, la méthode est la même : audience des organisations syndicales par la Commission Mathiot qui a une lettre de mission claire pour réformer le bac ET le lycée. Et alors que nous sommes supposés être dans une étape de discussions, la loi devant être prête en février, tout apparaît comme verrouillé et surtout les « fuites » se multiplient dans les médias sur le contenu du projet.

Le scénario se dessine ainsi clairement : la notion de par- cours individualisé est accentuée. Les élèves passeraient deux épreuves de « majeures » en examen final à la fin du 3ème semestre du cycle terminal (février donc), les mineures étant évaluées en contrôle continu. Une seule mineure serait obligatoire, les autres facultatives.

A la fin du 4ème semestre, juin, tous les lycéens passeraient une épreuve terminale de philosophie, qui serait commune à tous.

Toujours dans cette période, les lycéens passeraient une nouvelle épreuve : un « Colloquio » (cela se fait en Italie... mais est en cours de réforme là-bas), épreuve orale d’une heure, sorte de « méga »TPE sur les deux majeures, devant un « grand jury » formé de sept personnes, dont un universitaire.

Le français serait toujours évalué sous la forme d’ une épreuve terminale anticipée en fin de première... épreuve commune à tous les lycéens là aussi.

Les notes des épreuves terminales de français et des deux majeures seraient intégrées dans Parcours Sup (la nouvelle plate-forme de l’orientation post-bac). Le cycle terminal serait réorganisé en semestres, ce qui suppose une annualisation des services... et aurait obligatoirement des incidences sur nos statuts.

Pour remédier à la question de l’inégalité introduite par le contrôle continu, ce qui montre bien qu’elle n’est pas qu’une vue de l’esprit, des pistes telles qu’une « péréquation entre établissements » ou « des bacs blancs » corrigés par les enseignants du lycée voisin sont envisagées !

Cette modification profonde du bac entraîne bien sûr un changement d’organisation de la classe de seconde. Là aussi, individualisation des parcours avec deux tiers de tronc commun (soit 20h) et un tiers de spécialisation-choix (8h30). On peut penser que les choix faits porteraient sur des disciplines du tronc commun, pour se spécialiser donc.

Les réductions horaires sont donc importantes : on parle ainsi du passage à deux heures en HG en seconde.

Mais la Commission se veut rassurante : aucun enseignement ne sera supprimé, les changements ne seront pas profonds.

Aucune information n’a été donnée pour le moment sur le devenir des options, des classes européennes.

Quant aux séries technologiques, il n’en est pas question !

La dilution des enseignements technologiques dans cette organisation apparaît clairement, elle aurait pour conséquence la disparition de ces voies de formation.

C’est donc bien à la mise en place d’un lycée modulaire qu’on assisterait, avec ce que cela suppose de renoncement à une culture commune pour tous car la spécialisation serait forte. Avec ce que cela suppose aussi de parcours « d’initiés », ceux avec les « bonnes « disciplines. Et bien sûr avec ce que cela entraîne comme inégalités accrues, entre élèves, entre établissements.

Sous un aspect de simplification du baccalauréat, ce projet est extrêmement dangereux car il tourne le dos aux objectifs de démocratisation de l’enseignement secondaire et vise à accentuer le tri social opéré par le système scolaire français.

Faut-il rappeler que seuls 60 % des enfants d’ouvriers obtiennent le bac et 45 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. Que le lycée modulaire vise à rendre chacun responsable des ces choix d’orientation, donc des ces échecs, alors que les familles d’origine populaire sont les moins armées pour faire les choix pertinents en terme de parcours scolaire et d’orientation.

Même si la communication du gouvernement est habile, que sa manière de procéder par fausses négociations et mise devant le fait accompli vise à nous prendre de vitesse et nous désarmer, nous devons de toute urgence informer les collègues et débattre dans les établissements de ce qui se trame et réagir collectivement pour mettre en échec ce projet dangereux et gravissime !

Guilaine DE SAN MATEO

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