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Un film de Hans Petter Moland (Norvège/Suède/Danemark)

"Refroidis" Sortie en salles le 24 septembre 2014.

Au moment où Nils, un conducteur de chasse-neige quinquagénaire, reçoit le titre de "citoyen de l’année" pour l’efficacité avec laquelle il assure sa tâche, il apprend le décès de son fils par overdose.

Nils refuse cette version des faits. Face à l’inertie de la police qui refuse de pousser plus loin les investigations malgré sa demande, il se lance lui-même à la recherche des meurtriers.

En interrogeant un ami de son fils, il apprend l’existence d’un vaste réseau de drogue avec qui son fils avait eu un contact accidentel et c’est ainsi, qu’après avoir identifié l’un des membres, il procède à son exécution mais non sans avoir auparavant soutiré un nouveau nom à sa victime.

La disparition répétée de membres du réseau conduit la tête pensante de l’organisation à soupçonner la filière serbe.

Nils aura-t-il, pour venger la mort de son fils besoin de remonter jusqu’au personnage inaccessible du chef du réseau, chaque fois un peu plus déconcerté par les crimes successifs qui déciment ses effectifs ?

Le titre " refroidis " donne la tonalité de comédie de tout un pan du récit. Le reste qui revient au drame, est traité comme tel dans tout ce qui touche au personnage de Nils et à son aveugle détermination à venger la mort de son fils.

Le film oscille ainsi sans cesse entre tragédie et comédie et c’est ce flou, cette absence de tonalité définitive, qui en fait toute la saveur et la réussite.

Hormis celui de Nils, tous les personnages de cette histoire sont porteurs d’humour. Certains, comme le chef du réseau, représenté comme un dandy soucieux d’écologie et d’équilibre alimentaire, dont la terrible cruauté n’a d’égal que sa fragilité, sont poussés à l’extrême mais sans pour autant tomber dans la caricature.

Ce petit miracle qui touche également d’autres personnages, tient à la façon dont Hans Petter Moland maîtrise son récit et le contours des protagonistes dont il fait de grands enfants, capables de jouer à se rouler dans la neige, qui ne sont guidés dans les malfaisances dont ils se rendent coupables, ou dans leurs convictions extrêmes et absurdes, que par l’aveuglement du pouvoir, le plaisir de piloter de grosses cylindrées ou de vivre dans des décors extravagants.

Le film s’ouvre sur une tragédie, la mort d’un grand adolescent dont on sait qu’on lui a inoculé assez de drogue pour provoquer sa mort.

Le récit se poursuit sur cette même lancée jusqu’à l’apparition sur l’écran, après le premier meurtre que commet Nils, d’une croix et du nom de la victime.

Ainsi de suite et, à chaque fois, qu’une nouvelle mort aura eu lieu, l’écran se chargera d’une croix et du nom de la victime.

Ce qui pourrait n’être qu’un simple clin d’œil humoristique, en se multipliant et s’ajoutant à des touches de comédie quelquefois à peine perceptibles, à des personnages excessifs, à des décors intérieurs ou des comportements extravagants, finit par déclencher l’amusement.

A l’inverse, le personnage de Nils apparenté à son drame de père, au décor neigeux de son activité professionnelle, à la machine qu’il conduit, se cantonne dans la gravité.

Mais si le réalisateur joue sur les deux tableaux pour mener son récit, il ne néglige pas pour autant le triller qu’il a en main, jouant (mais sans excès) de tous les codes du genre, exécutions sanguinolentes, courses poursuites avec chasse-neige, gueules de gangsters, affrontements de bandes rivales.

"Refroidis " est un film passionnant qui, même après visionnage, par le simple fait d’y repenser, réserve encore des surprises, comme si le puzzle du récit n’était jamais fini.

C’est, en plus d’être à la fois comédie et drame, un film ample où les paysages d’hiver sont magnifiquement photographiés.

Francis Dubois

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