US Magazine 798 du 13 juin 2020

Rentrée 2020 : quelle sera l’école d’après ?

Quelles que soient les conditions sanitaires, la prochaine rentrée ne ressemblera à aucune autre. Pourtant, à l’heure de fermer les portes des établissements, rien n’est prêt du côté du ministère.

Pour le SNES-FSU, à rentrée exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! Impossible de faire comme s’il ne s’était rien passé cette année ou de nier les effets du confinement sur les apprentissages. Si les professeurs ont relevé le défi de l’école à distance, elle n’est pas l’école en classe et n’a donc pas permis de couvrir l’ensemble des apprentissages. La fracture numérique a contribué à aggraver les inégalités. Le SNES-FSU a alors posé ses exigences pour la rentrée.

Plutôt que de s’enfermer dans un scénario unique, qu’il soit favorable (retour à la normale), ou défavorable (retour du virus, clusters localisés ou confinement généralisé), il faut préparer cette diversité de scénarios.

Aggravation des inégalités

Autrement dit, préparer une rentrée dans différentes configurations, notamment diminuer les effectifs dans les classes, repenser la prérentrée, revoir la constitution des classes, penser l’organisation de l’établissement. Il n’est pas question, pour une énième fois en 2020, de faire et défaire en quelques heures le travail de longue haleine des équipes pédagogiques.
La diminution des effectifs dans les classes pour des raisons sanitaires est aussi un impératif pédagogique : grâce à des moyens supplémentaires, elle doit permettre de travailler en petits groupes afin de consolider des connaissances. Sinon, comment faciliter, par exemple, les interactions orales collectives qui ont tant manqué en cours de langues vivantes et qui sont indispensables pour progresser ?

Préparer une rentrée dans différentes configurations

Ces réflexions pédagogiques renvoient aussi à la question des programmes : au début du déconfinement, le ministère a affirmé que la fin d’année ne pouvait être consacrée à une course contre la montre pour boucler les programmes. Il faut donc aménager les programmes pour tenir compte de cette fin d’année si particulière. Le SNES-FSU a donc transmis au ministère et au CSP (Conseil supérieur des programmes) une liste d’aménagements possibles pour chaque discipline, sur tous les niveaux.

Le confinement a aussi mis en lumière les problèmes d’équipement informatique pour les personnels comme pour les élèves, la crise a confirmé que l’état du bâti scolaire était loin d’être à la hauteur des enjeux. Le SNES-FSU exige notamment une prime d’équipement pour les personnels, déconnectée du télé-enseignement.

Des réponses hors sujet

Le ministre se targue de dialoguer avec les organisations syndicales. À ce jour, aucun retour ne nous a été fait sur toutes nos demandes, si ce n’est une possible prime d’équipement pour les personnels débutants.

La seule priorité du ministre est de développer les évaluations standardisées, en Sixième et en Seconde, qualifiées de «  robustes  ». Or, elles existent déjà et ont fait la preuve de leur inefficacité  : problèmes techniques, résultats peu exploitables, absences de moyens pour travailler avec les élèves ensuite. Cette obsession évaluative est en décalage complet avec les exigences de cette rentrée : la priorité est-elle de mettre les élèves sous pression des tests dès le début de l’année  ? N’y a-t-il pas mieux à faire  ? À moins que ces évaluations ne révèlent leur réelle utilité : avoir une batterie de statistiques à usage médiatique...

Jean-Michel Blanquer met aussi en avant un certain nombre de dispositifs hors la classe : des vacances apprenantes à la promotion de dispositifs déjà existants (école ouverte, devoirs faits) et qui sont loin de répondre aux défis de cette rentrée post-Covid.

Sans surprise, le ministère traite la rentrée sans prendre la mesure du défi éducatif qu’elle représente. Il affirme que le confinement a été une catastrophe éducative mondiale mais sans mettre les moyens, forcément exceptionnels, qui sont attendus. Dans les établissements, la rentrée s’est préparée sans consignes particulières.
Encore une fois, derrière les discours médiatiques, les personnels sont laissés seuls, alors que c’est eux qui font vivre le service public d’éducation. L’occasion de noter aussi que la question de la revalorisation salariale a, à peine, été évoquée par le ministre. Pour le SNES-Fsu, elle fait pourtant partie des dossiers incontournables de la rentrée.

Moyens, salaires, programmes, réformes, équipements, les chantiers sont nombreux pour faire de l’école d’après une école à la hauteur des enjeux éducatifs. Le SNES-FSU sera au rendez-vous pour le rappeler au ministre.

Sophie Vénétitay

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