Actualité théâtrale

Théâtre Paris-Villette jusqu’au 16 avril 2016

"Réparer le vivants" d’après le roman de Maylis de Kerandal Version scénique et mise en scène Sylvain Maurice.

De retour d’une session de surf au petit matin, le van qui ramène trois jeunes hommes sportifs percute un pilier sur la route du Havre. Simon, dix-neuf ans dont la tête a violemment heurté le pare-brise est déclaré en état de mort cérébrale à son arrivée à l’hôpital.

Alors qu’il est maintenu en vie artificiellement, ses parents n’ont que quelques heures pour décider s’ils autorisent les services compétents à opérer un prélèvement d’organes.

Après l’accord donné, le récit suit le parcours du cœur de Vincent depuis l’incision du corps jusqu’à la transplantation dans celui de Claire, une cinquantenaire qui vivait en sursis.

Théâtre : Réparer les vivants

Le roman éponyme de Maylis de Kerandal (dont le titre s’inspire d’une phrase de Tchekov dans "Platonov " : "Enterrer les morts, réparer les vivants") et qui, depuis sa parution en 2014, après avoir bouleversé de très nombreux lecteurs, a été adapté pour la scène par Sylvain Maurice, directeur du théâtre de Sartrouville.

Le découpage du texte original est d’une grande virtuosité.

Il restitue la langue magnifique de l’auteur, la narration haletante et ce que l’œuvre contient de références précises sur le plan scientifique et médical.

Il dessine avec très peu d’éléments et en quelques mots, le portrait de chacun des intervenants du récit depuis celui de Revol, médecin du service de réanimation chargé d’annoncer aux parents la mort de leur fils, de Thomas Rémige infirmier coordonnateur dont le rôle est de les convaincre avec tact et pudeur de prendre la décision, du grand patron Halfand spécialiste de la transplantation cardiaque en passant par Marianne et Sean, le père et la mère partagés entre révolte, chagrin et culpabilité.

Sylvain Maurice n’a pas procédé à ce qu’on appelle traditionnellement l’adaptation d’une œuvre romanesque pour le théâtre. Il a opéré une réduction du texte dans laquelle il met en exergue les dialogues sans abolir le récit.

Il joue sur la polyphonie du roman et confie à son interprète, Vincent Dissez, la mission non pas d’incarner les personnages, mais de servir la force du récit, de jouer plusieurs voix pour restituer à cette sorte d’odyssée moderne où se raconte un mythe contemporain, un souffle à la fois pudique et pétri d’émotion dont un humour passager n’est pas exclu.

La mise en scène de Sylvain Maurice prend le relais d’une écriture qui sonne juste et ce parfait équilibre révèle à la fois une technique médicale dans un mouvement presque documentaire et l’intime autour du drame.

Une belle réussite qui doit au beau travail de montage de Sylvain Maurice, à l’interprétation tout en nuances et rupture de Vincent Dissez, sans oublier en arrière-plan le jeu sur les lumières et la prestation musicale de Joachim Letarjet.

Francis Dubois

Théâtre Paris-Villette 211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris

Réservations au 01 40 03 72 23 - www.theatre-paris-villette.fr

Cette saison, le spectacle sera donné du 27 au 29 avril à La Comédie de Bérhune-CDN Nord Pas de Calais.

Il sera au programme du Théâtre de la Ville–Abbesses en 2017

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)