Le français en collège

Repères annuels de progression du programme de français en collège… de quoi désorienter !

Au moment de la publication des programmes de collège, le SNES-FSU avait dit tout le mal qu’il pensait des programmes de cycle. Un seul programme pour trois années (CM1 à 6ème au cycle 3 et 5ème à 3ème au cycle 4), cela rendrait le travail des enseignant.es particulièrement difficile et entrainerait de grandes inégalités entre collèges, sans parler de l’embarras dans lequel allaient se trouver les élèves changeant de collège en cours de cycle. Les faits ont prouvé que le SNES-FSU avait bien raison de s’inquiéter. Le groupe Lettres du SNES-FSU avait d’ailleurs pris les devants et proposé des progressions annuelles : https://www.snes.edu/Programmes-de-college-propositions-de-progression-annuelle-en-6eme.html

Changement de ministre, changement d’orientation

A son arrivée, J-M. Blanquer a voulu imprimer sa patte. Ainsi ont été publiés, en plein été, des « ajustements » de programmes, notamment pour le français. C’était un retour en arrière, notamment sur l’étude de la langue, et pas seulement pour le « prédicat » comme la presse a voulu le faire croire. Le SNES-FSU en a fait une analyse accessible sur le site : https://www.snes.edu/Ajustements-des-programmes-de-francais-college-rentree-2018.html

Deuxième intervention ministérielle : la publication de « repères annuels de progression ». Nous aurions pu nous en réjouir si ces nouveaux documents permettaient vraiment d’aider les enseignant.es à bâtir leur progression annuelle. Mais on en est loin…

  • Une fois de plus, il s’agit d’une suite de tableaux qui listent des items en cascade, accumulant des éléments qui ne sauraient former un tout. Où est le sens, où est la direction ? On les cherche en vain. Mais pour faire croire que le programme s’est étoffé, tout est écrit deux fois : la première dans un tableau, la deuxième sous forme de liste. Quel intérêt ? En plus le document de 5ème contient déjà tous les éléments pour les niveaux 4ème et 3ème, répétés ensuite dans deux autres documents séparés (voir ci-dessous). Que de papiers, que de fichiers !
  • La date de publication de ces « repères » est rocambolesque : longtemps après la rentrée, très longtemps après la mise en œuvre du programme. Que fait l’enseignant·e qui constate qu’il ou elle n’a pas, l’an dernier, étudié avec ses élèves de 5ème une notion qui ne peut plus être abordée dorénavant en 4ème ?
  • Les parties du programme (oral, lecture, écriture, langue) sont séparées les unes des autres, laissant croire qu’on écrit sans lire ou qu’on étudie la langue sans chercher ni à la lire ni à l’écrire. À aucun moment dans la partie « langue » il n’est question d’un texte !
  • La partie « littérature » du programme est totalement absente de ces documents. Certes, les lectures littéraires sont bien dans le programme complet, à chercher ailleurs… Or, la progression annuelle s’appuie forcément sur ces lectures, qu’il faut aller rechercher dans ses archives de 2016. Pratique !
  • Si on ne se réfère pas aux lectures littéraires choisies, ces progressions n’en sont pas réellement. Pour fabriquer tout de même des progressions (puisque c’était la commande !), les rédacteurs de ces documents jouent sur la quantité. « En fin d’année, les élèves lisent avec une moyenne de 130 mots lus correctement par minute. », l’injonction était de 120 en CM2 et 110 en CM1 ! Le même principe s’applique à la copie (5 à 10 lignes en CM1, 15 lignes en CM2, 20 lignes en 6ème). Avec une telle progression, en terminale, les élèves lisent à la vitesse de la lumière ! À d’autres moments, c’est le flou artistique qui prévaut : « Dès le début de l’année, les élèves lisent des textes plus variés et plus complexes qu’au cycle 3. » (5ème). On assiste ailleurs à un effet de surenchère, qui aboutit, en 3ème, à la fabrique de super héros de la lecture : « En lisant, les élèves établissent des ponts entre le passé, le présent et les questions du monde de demain, dans une perspective culturelle ouverte et riche. » De même les attendus de fin de cycle proposent seulement de « réaliser une présentation orale en prenant appui sur des notes (…) » quand les repères indiquent que les élèves doivent « s’abstraire des supports divers ». Sur d’autres points, on constate au contraire l’absence totale de progressivité. Ainsi, la formulation des impressions de lecture n’est évoquée qu’en CM1 et se perd dans la suite du cycle 3, tout comme le résumé ne concerne que le CM2. Dans ces deux domaines, il est pourtant possible de penser une progression.
  • Si certains éléments du programme qui nous convenaient ont disparu, comme l’étude de la syntaxe du français oral, on peut toutefois se réjouir de la partie qui concerne l’argumentation au cycle 4, même si on ne la trouve que dans la partie « écriture ».

Bâtir des progressions annuelles cohérentes et équilibrées à partir d’un programme qui n’est ni l’un ni l’autre était mission impossible. Les rédacteurs en ont-ils pris conscience ? Ces documents n’apportent aucune aide aux enseignant.es pour donner du sens aux apprentissages, ils ne reposent sur aucune réflexion pédagogique, ils préconisent une conception passéiste de la discipline… Cette publication pourrait être un non événement s’il ne s’agissait pas, hélas, d’une occasion de plus pour les enseignant.es de lettres de mesurer le mépris de leur hiérarchie pour leur travail.

Documents "repères annuels" :

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