Actualité théâtrale

Du 12 au 21 décembre, puis du 6 au 17 janvier au Théâtre de Gennevilliers

« Répétition »

Ils sont quatre, réunis dans un gymnase. Ils font du théâtre ensemble depuis longtemps, étaient en train d’écouter Denis, l’auteur, qui leur lisait sa biographie de Staline dont il comptait tirer une pièce . Répétition commence quand Audrey explose. Elle a saisi le regard de Denis vers Emmanuelle, y a senti le début d’une passion et la fin de son amour et de leur possibilité de travailler ensemble. Elle parle longuement, seule, violente. Elle dit tout sur eux, sur leur façon de travailler et d’être ensemble. Quand elle s’arrêtera, elle tombera à terre et Emmanuelle s’emparera de la parole. Puis ce sera le tour de Denis, l’auteur et enfin de Stan, le metteur en scène.

Théâtre : "Répétition"

Dans Clôture de l’amour , son précédent spectacle, deux personnages signaient, en deux monologues, l’arrêt de mort de leur amour. Cette fois ils sont quatre, quatre monologues donc, mais le propos s’est élargi : l’amour bien sûr, mais aussi l’écriture et le sens de l’activité théâtrale, le travail de troupe et l’amitié avec en arrière plan l’Histoire et l’idéologie. Comme dans le spectacle précédent, les personnages portent le prénom des acteurs qui les interprètent, car c’est en pensant à eux, à leur façon de dire et de bouger que Pascal Rambert a écrit ce texte. Pour Audrey, ce regard de Denis vers Emmanuelle détruit tout, son amour, mais aussi leur possibilité de travailler ensemble. Il déclenche en elle une lucidité destructrice : à quoi servent toutes ces réunions, en quoi croyons nous maintenant ? Intransigeante, violente, elle attaque sur tous les fronts et ne passe rien. Quand elle a fini, elle ne peut que s’effondrer. La parole rebondit alors vers Emmanuelle qui n’hésite pas à dire qu’elle aime deux hommes et qui exprime crûment son désir et sa sensualité. Quand Denis, l’auteur s’emparera de la parole, il s’écarte de leur débat. Il parle du langage, du travail de l’écriture, se place dans l’Histoire et s’interroge : « en quoi avons-nous cru, où nous sommes-nous trompés, après la fin des idéologies y-a-t-il celle des utopies, qu’allons-nous laisser à nos enfants ? » Stan est le dernier, il fait face au désastre, saute légèrement au-dessus des corps étendus, comme autant de cadavres. Pour lui l’histoire n’est pas morte, la jeunesse non plus, c’est alors que la danseuse peut, dans le silence, prendre le relais et c’est très beau.

On peut regretter la longueur du spectacle, le propos se dilue dans cette durée, mais comme toujours chez Pascal Rambert il y a des fulgurances « Tu as toujours été dans la vie quand moi je peinais. Je n’ai pas la répartie, je garde, je suis devenu écrivain pour tuer tes mots et les mettre dans les miens ». Et surtout Pascal Rambert est un formidable directeur d’acteurs. Audrey Bonnet, tendue comme un arc, tranchante, attaque tous les autres de plein front. Quand elle s’est épuisée, Emmanuelle Béart, toute en émotion exacerbée et en sensualité prend le relais. Bruno Podalydès, plus intellectuel, plongé dans la biographie de Staline, élargit le champ. Comme toujours il est admirable de sobriété et de précision. Stanislas Nordey peut conclure. Il sent qu’on change d’époque, qu’il faut oser abandonner les illusions anciennes pour se plonger dans le monde nouveau. Sous une apparence calme, il sait faire apparaître beaucoup de force. Tous quatre sont exceptionnels.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 15h

Théâtre de Gennevilliers

41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 32 26 26

www.theatredegennevilliers.com

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