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"Reprise" un film de Hervé Leroux - sortie en salles le 14 mai

En juin 1968, un groupe d’étudiants en cinéma de l’IDHEC filme le retour au travail des employés de l’usine Wonder à Saint-Ouen après trois semaines de grève. Une jeune femme, ouvrière de l’usine, reste devant l’entrée . Elle est en larmes, révoltée. Elle refuse de rentrer. Elle le clame, le crie, douloureusement. Le cinéaste Hervé Le Roux est à ce point frappé pas le document qu’il décide de retrouver à tout prix cette jeune femme. C’est le point de départ de "Reprise" tourné en 1995.
Le film fonctionne sur le mode du suspens. Va-t-on retrouver ou non la trace de la jeune femme est la question que se pose le spectateur, comme se l’est posée au moment du tournage Hervé Le Roux. Techniciens du film de 68, OS, contremaîtres, chefs d’ateliers, syndicalistes ou militants se succèdent pour témoigner. Des fragments du film interviennent en contrechamp des visionnages, ou pour illustrer les propos des personnes interviewées. Certaines images s’imposent de façon récurrente, notamment, celles de l’ouvrière quand elle dit : "Non, j’rentrerai pas, j’mettrai plus les pieds dans cette taule…Vous, rentrez-y, vous allez voir quel bordel que c’est…"
Même s’il utilise des documents de l’époque, si des entretiens se succèdent pour témoigner et si l’on voit à l’écran, des moments du film tourné par les étudiants de l’IDHEC, Hervé Le Roux refuse pour son film l’intitulé documentaire et même si "Reprise" a obtenu en 1996 le grand prix du Jury au festival de Belfort dans cette catégorie-là.
Le film tourné en juin 1968 par les étudiants en cinéma privilégie à l’image la jeune femme révoltée, deux délégués de l’Union Locale CGT de Saint-Ouen, un étudiant gauchiste et le personnage mal défini de celui qui invite les travailleurs à reprendre le travail.
Documentaire par sa construction, mais fiction dans l’obstination que met le metteur en scène à retrouver son personnage, Reprise est un magnifique document sur Mai 1968, un film à voir ou à revoir pour l’éclairage qu’il prend, quarante ans plus tard.
Francis Dubois

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