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Un film de Laurent Cantet (France)

"Retour à Ithaque" Sortie en salles le 3 décembre 2014.

Pour fêter le retour d’Amadeo après seize ans d’exil en Espagne, Aldo, Tania, Rafa et Eddy se retrouvent chez Eddy, sur la terrasse de la maison qui domine La Havane.

Dans la joie de se retrouver, ils évoquent leur jeunesse, la bande qu’ils formaient depuis le lycée, les quatre cents coups et la foi dans l’avenir qui les animait à l’époque…

Cinéma : "Retour à Ithaque"

Les retrouvailles des cinq quinquagénaires se déroulent d’abord dans la joie, avec l’évocation des souvenirs.

Mais passé le moment d’euphorie, les premières fêlures apparaissent.

Car Amadeo, Aldo, Tania, Rafa et Eddy appartiennent à la génération perdue de ceux qui, nés entre 1955 et 1960, au début de la révolution, avaient fait des études avec le projet de participer concrètement à une utopie en devenir.

Mais, au moment où ils auraient dû accéder aux responsabilités, ils ont été stoppé dans l’élan par l’effondrement de l’URSS, la fin de l’ère soviétique et la période de pénurie qui a fait suite.

Leur génération est celle qui a pris de plein fouet, la "période spéciale" décrétée par Fidel Castro dès 1992.

Au total, une dizaine d’années où chacun a connu des privations, des renoncements, une économie de guerre en temps de paix, un durcissement politique censé contenir l’effet des frustrations.

Les rêves se sont brisés et s’est imposée la nécessité douloureuse de renoncer à une grande partie de leurs projets.

Ceux qui ont adopté une position critique face à la politique imposée, sont passés pour des traitres. D’autres sont partis vers l’Espagne ou vers les Etats-Unis, le pays de l’ennemi.

Puis survient dans le récit, le temps des révélations amères. Tania qui est devenue ophtalmologiste a eu du mal à vivre de son travail. Elle a subsisté grâce à des dons en nature que lui ont offerts ses patients et elle s’est retrouvée seule après l’exil de ses fils.

Rafa, peintre reconnu, est passé à côté de l’exposition qui devait le révéler, dans une galerie d’art parisienne, et après avoir végété, a sombré dans l’alcoolisme et le renoncement. Il ne pratique plus dorénavant qu’une peinture "alimentaire".

Aldo a gardé la tête hors de l’eau, c’est parce qu’il a fait des concessions à la facilité, s’est livré à des activités pas toujours très régulières.

Son retour à la Havane va-t-il permettre à Amadeo de reprendre ses activités d’écrivain. Y-a-t-il encore pour lui une place pour ses pièces de théâtre sur les scènes cubaines.

Quant à Eddy, il ne lui reste plus qu’à fermer les yeux sur le dilettantisme de son fils, sur ses activités douteuses et sur ses échecs personnels.

"Le retour à Ithaque " est un film de la parole. Il correspond au besoin qu’ont eu les cubains, après la "période spéciale", de se raconter.

C’est aussi un film de nostalgie et de colère. Les personnages ont le sentiment qu’on leur a volé leur vie, que s’ils ont peut-être aussi été trahis par la rigueur du régime, ils l’ont aussi été par eux-mêmes et qu’ils sont passés, dans les années soixante-dix, quand ils se sont retrouvés au centre d’une histoire en marche, à côté d’une opportunité.

"Nous écrivions l’histoire, nous étions le phare du monde …" ironise Rafa.

Aldo, qui est noir, sait aussi que sans la révolution, il serait en train de cirer les chaussures des touristes américains…

Le film de Laurent Cantet donne l’impression qu’il n’y a aucune issue, ni partir, ni rester, ni revenir mais il propose une ligne de fuite : une sortie de la peur qui ouvrira peut-être pour les cinq personnages sur un devenir.

"Le retour à Ithaque " est un film théâtral avec une prédominance de dialogues, une dramaturgie classique avec unité de temps et de lieu.

C’est une œuvre touchante et forte.

Francis Dubois

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