Situation et enjeux

Retour au collège : ne rien se laisser imposer

Suite aux annonces sur la phase II du déconfinement et le retour de tous les collégiens en zones verte et orange, le ministère a publié une nouvelle circulaire le 3 juin 2020, abrogeant celle du 4 mai.

La circulaire du 3 juin ne concerne pas la sécurité sanitaire, mais le cadre pédagogique.

Les principes de la circulaire du 4 mai restent inchangés en ce qui concerne le respect des règles sanitaires, le volontariat des familles, les droits des personnels et la question du cumul présentiel/distanciel :
« La réouverture des classes se généralise à compter du 2 juin, dans les écoles, collèges et lycées, pour tous les élèves qui le souhaitent.
• Elle intervient dans le strict respect des règles sanitaires définies par le ministère des Solidarité et de la Santé.
• Il est souhaitable, dans la mesure du possible, de procéder à une réouverture par niveau d’enseignement.
• La scolarisation des élèves en présentiel repose sur le libre choix des familles, l’instruction restant obligatoire. Ceci implique que l’élève qui n’est pas en présentiel reste en lien avec son école et suit un enseignement à distance.
• Les personnels qui ont une vulnérabilité de santé au regard du virus Covid-19 ou qui vivent avec une personne ayant cette vulnérabilité ne doivent pas être présents aux mois de mai et juin. Ils préviennent l’Inspecteur de l’éducation nationale (IEN) ou le chef d’établissement dans les conditions prévues pour l’ensemble des fonctionnaires de l’État. Leur autorité hiérarchique leur indique alors s’ils continuent de s’occuper de leur classe à distance ou s’ils prennent en charge un groupe d’élèves qui ne peut pas se rendre à l’école pour des raisons de santé.
• Les cours se déroulent en groupes dans le respect des règles de distanciation physique posées par le protocole sanitaire, le nombre d’élèves dépendant de la taille de la salle utilisée. Lorsque le nombre d’élèves le permet, (...) les élèves ont cours toute la semaine. À défaut, il convient d’organiser leur scolarisation par rotation, tous les élèves volontaires ayant vocation à bénéficier, au sein d’une même classe, du même temps d’enseignement à l’école ou dans l’établissement. Dans la mesure du possible, il est également tenu compte des élèves relevant d’une même fratrie.
• Une attention particulière est portée au retour progressif à l’école des élèves en situation de handicap, qui doivent être scolarisés au maximum, afin d’informer les familles des modalités d’accueil définies pour respecter la doctrine sanitaire. Les méthodes pédagogiques sont adaptées au contexte particulier du déconfinement pour l’enseignement présentiel comme à distance.

Les professeurs qui assurent un service complet en présentiel dans l’école ou l’établissement ne sont pas astreints à l’enseignement à distance. L’enseignement à distance pour les élèves restés chez eux est assuré par les professeurs qui sont aussi à domicile. Le lien à distance entre élèves et professeurs est défini à l’échelle de l’école ou de l’établissement, avec l’aide, le cas échéant, des autorités académiques. »

La circulaire ne définit plus, comme le faisait celle du 4 mai, la taille des groupes. Cependant, le protocole sanitaire s’appliquant toujours, les groupes ne peuvent pas être supérieurs à 15 élèves.

La circulaire ne parle plus de « groupes multi-niveaux », mais bien de groupes et de classes. Cela doit être un point d’appui pour s’opposer à toutes les tentatives de mettre en place des groupes de compétence et autres dispositifs en vogue, mais totalement inefficaces voire contre-productifs pour les élèves.

La circulaire rappelle les modalités d’évaluation des élèves (« Les professeurs continuent à évaluer leurs élèves selon les modalités qu’ils fixent. Ces évaluations ne comptent pas pour la détermination des notes attribuées aux examens nationaux. Elles peuvent faire l’objet d’une appréciation portée par les professeurs sur le livret scolaire afin d’éclairer les travaux du jury sur la motivation et l’assiduité des élèves. »), reprenant les modalités exceptionnelles du DNB.

Elle introduit un passage sur l’orientation (« tout élève en classe de 3ème bénéficie d’un ou plusieurs entretiens individualisés afin de l’accompagner dans son projet d’orientation. »), alors que les opérations se terminent en ce début juin !

Alors que toutes les études montrent que ce sont les élèves de l’éducation prioritaire qui sont le moins revenus dans les collèges des zones vertes en mai, la circulaire consacre un point à l’éducation prioritaire et au contact avec les familles pour un retour en classe… alors que le volontariat est rappelé comme principe.

Il ne faut pas compter sur l’Éducation nationale pour proposer une cohérence. Si la lutte contre les inégalités sociales d’apprentissage primait, alors ne serait pas proposé aux élèves un retour sur la base du volontariat, anxiogène car construisant l’idée d’un danger à revenir en classe. Le ministère tente d’abriter la pauvreté de sa réflexion pédagogique derrière un certain nombre de fiches en ligne, proposant des pistes de travail hétéroclites d’intérêt variable. Or les personnels n’ont pas besoin qu’on leur dise comment faire leur métier, ils l’ont bien prouvé lors du confinement. Ils ont besoin de connaître les objectifs du retour en classe, de façon à adapter leurs pratiques.

Le silence de l’institution induit de la part des directions d’établissement des propositions diverses : « devoirs faits » généralisé, surveillance en classe des élèves suivant les cours en ligne, mise en œuvre d’un nouvel emploi du temps… la solution retenue doit faire l’objet d’une réflexion collective et respecter certaines règles.

La circulaire du 3 juin prévoit un enseignement en distanciel pour les élèves restés chez eux, mais précise que cet enseignement doit être assuré par les personnels restés en distanciel (principe du non-cumul pour les personnels à temps plein en distanciel). Dans les collèges, du fait que contraintes des groupes et des salles, peu de collègues sont à 100 % en distanciel et les attentes de la profession quant à la poursuite du travail avec les élèves sont diverses. Volonté de garder le contact avec les élèves même si les familles décident de ne pas revenir vers le collège, inquiétude pour les perdus de vue dont on voudrait bien les revoir en classe se combinent avec l’impossibilité parfois de reprendre le chemin de l’établissement ou l’anxiété à l’idée de fréquenter les transports en commun, volonté de suivre ses élèves…

Pour le SNES-FSU, le cadre qui s’impose est celui du respect de la discipline de recrutement, des classes et niveaux de la ventilation de service. Si d’autres modes d’organisation peuvent être proposés, ils ne peuvent l’être sans que ne soit pris le temps de la réflexion collective et impliquent le volontariat des collègues concernés.

En tout état de cause, le caractère inédit et exceptionnel de la situation ne justifie pas de se voir imposer des modalités non souhaitées ou une charge de travail disproportionnée au regard des obligations réglementaires de service.
L’autonomie des établissements, déjà source d’un éclatement de l’Éducation nationale, ne doit pas s’étendre aux objectifs de la scolarisation/reprise.
Dans une période compliquée et inédite, tout comme l’a été le moment du confinement, l’important est de trouver un mode de fonctionnement serein et concerté au service des élèves, dans le respect des missions et des services des personnels.

Enfin, si la circulaire évoque la circulaire de rentrée, elle prévoit déjà les classes ouvertes pendant les vacances d’été, la mise en œuvre du dispositif 2S2C et des « temps pour consolider les apprentissages » jusqu’à la Toussaint 2020.

Le SNES-FSU appelle les collègues à être extrêmement vigilants sur la mise en place de ces dispositifs et revendique des moyens d’une tout autre ampleur avec un recrutement massif de personnels…

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