Réforme Blanquer du lycée

Réforme du lycée

Retour vers le futur ?

Le SNES-FSU a pu réaliser une enquête sur les choix d’orientation des élèves actuellement en 2nde GT. On trouvera dans le document en fin d’article des résultats beaucoup plus détaillés et complets. Un constat massif s’impose : la réforme Blanquer ne remet absolument pas en cause les inégalités sociales de parcours scolaires et les hiérarchies entre ces parcours.

La dernière réforme des lycées généraux et technologiques , en date de 2010 et pilotée par JM Blanquer alors directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), a créé bien plus de problèmes qu’elle n’en a résolus. La réforme que le ministre Blanquer veut imposer aujourd’hui prétend donner plus de « liberté » aux élèves. Elle consiste en grande partie en la suppression des trois séries générales, et leur remplacement par un choix « libre » de disciplines de spécialité dès la 1ère. En cela, c’est une réforme qui place l’enjeu de l’orientation des élèves en son centre.

Pour le SNES-FSU, le principal problème, en termes d’orientation, réside dans le poids de certains déterminismes sociaux (inégalités liées à l’origine sociale, au genre, au niveau scolaire, aux contraintes géographiques…) sur les scolarités, dans un système marqué par des hiérarchies de prestige entre voies et séries. Une réforme pertinente du lycée devrait donc cibler ces problèmes.

Retour du refoulé ?
Les trois spécialités les plus demandées sont les trois disciplines centrales de la série S. Elles sont suivies par deux disciplines qui sont au centre de la série ES (SES et Histoire-géographie, géopolitique et science politique), elles-mêmes suivies par deux disciplines typiques de la série L. On retrouve donc assez nettement, dans la fréquence des vœux de spécialités, les déséquilibres actuels entre les séries S, ES et L. L’absence des mathématiques dans le tronc commun de 1ère se traduit par une très forte demande de cette discipline en spécialité – mais en l’état, un tiers des élèves du lycée général ne recevrait plus d’enseignement dans cette discipline.

L’analyse des « triplettes » demandées par les élèves renforce le sentiment de permanence des séries. On trouvera des données plus détaillées en ligne, mais on peut dire ici que n’en déplaise au ministre, les élèves reconstituent par eux-mêmes les trois séries du lycée actuel – et faut-il le leur reprocher ? Ainsi, alors que les combinaisons possibles sont en très grand nombre, il y a une forte concentration des choix : sur 54 triplettes par lycée en moyenne, seules 10 sont choisies par au moins 10 élèves dans le lycée (et accueilleraient à elles seules 68 % des élèves). Les 44 autres accueilleraient entre 2 et 3 élèves chacune… Quelqu’un croit-il sérieusement que de telles contraintes, pour si peu d’élèves, pourraient « tenir » dans les emplois du temps ?

Choix des spécialités en fonction des résultats

Hiérarchies et déterminismes à l’œuvre.
On reproche souvent aux séries du lycée actuel d’être hiérarchisées en termes de « prestige ». Visiblement, la réforme Blanquer ne remet pas en cause ce mécanisme : il suffit, pour le voir, de s’intéresser aux choix des meilleurs élèves, et des élèves les plus faibles, en supposant que plus une discipline est demandée par les meilleurs élèves, plus cela prouve qu’elle bénéficie d’un prestige important. Résultats ? D’un côté, des disciplines fortement demandées par les meilleurs élèves, et délaissées par les plus faibles (les disciplines scientifiques). De l’autre côté, les disciplines littéraires ou de sciences humaines, nettement plus demandées par les élèves les plus faibles que par ceux aux meilleurs résultats.

Sans surprise également, le genre continue de faire des différences dans les vœux des élèves. Par exemple, 29 % des filles demandent Humanités, littérature et philosophie, contre seulement 11 % des garçons. A l’inverse, 56 % des garçons demandent Physique-Chimie, contre seulement 42 % des filles… Enfin, le lycée du « libre choix » perpétue le poids des contraintes géographiques : si 15,3 % des élèves demandent la spécialité NSI lorsqu’elle est offerte dans leur lycée, ce chiffre tombe à 2,8 % lorsque la spécialité n’est pas offerte.

Quant aux hiérarchies entre les triplettes, elles sont là encore sans surprise. D’abord, la triplette Maths+PC+SVT se détache de toutes les autres, en étant demandée par 25 % des élèves à elle seule (voir le site). Plus largement, les triplettes « sciences » (3 spécialités parmi maths, PC, SVT, SI, NSI) sont demandées par 30% des meilleurs élèves, contre seulement 6 % des élèves les plus faibles. Les triplettes « sans-sciences » sont, elles, demandées par 14,7% des meilleurs élèves, et 30% des élèves les plus faibles. Derrière la diversité des parcours, un lycée de plus en plus binaire ?

Choix de combinaison de spécialités

Statu quo ou restauration ?
Des séries rendues invisibles, et pourtant toujours là : ce résultat ne laisse-t-il pas entendre que le principe des séries reste le moins mauvais, lorsqu’il s’agit de combiner culture commune et spécialisation ? Ce qui n’interdit pas de faire évoluer ces séries. Mais alors, cette réforme serait-elle inoffensive, puisqu’apparemment elle ne change rien ? Au-delà du fait qu’une réforme devrait, en l’occurrence, changer ce qui pose problème, on ne peut oublier que la réforme Blanquer modifie en profondeur le fonctionnement du lycée (en généralisant la concurrence entre disciplines et en affaiblissant la voie technologique) et dégrade les conditions d’enseignement comme la diversité de l’offre de formation (par l’autonomie locale de la gestion de la pénurie – cf le non-financement des options, par exemple).

Si donc la réforme Blanquer ne règle aucun problème, et aggrave ceux qui existent déjà, elle donne cependant le sentiment étrange de restaurer, sans le dire, les anciennes séries générales A, B, C, D, E. Celles qui avaient été supprimées en 1993 pour cause de hiérarchisation trop forte. Voilà donc une réforme qui pourrait permettre au lycée général de faire un bond de 25 ans. En arrière.

La note d’analyse détaillée
Note d’analyse des choix d’orientation des élèves de seconde

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