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Un film de Jaime Rosales (Espagne-France)

"Rêve et silence" Sortie en salles le 3 octobre 2012

Oriol et Yolanda, tous deux d’origine espagnole, vivent à Paris avec leurs deux filles de douze et quinze ans. Oriol est architecte et Yolanda, professeure d’espagnol.
Au cours des vacances qu’ils passent dans le delta de l’Ebre, dans le sud de la Catalogne, ils ont un accident de voiture. L’aînée des filles succombe et Oriol se retrouve frappé d’amnésie.

Une nouvelle fois, Jaime Rosales choisit comme sujet, le thème du deuil. Dans son précédent film, "La soledad", il était question des répercussions sur une famille, de la mort violente d’un jeune enfant.
Cette fois-ci, pour soutenir son choix, il a fait appel, pour la scène d’ouverture du film et pour celle de la conclusion, au peintre Miguel Barcelo que l’on voit à l’œuvre, en pleine élaboration d’un tableau et dont il faut savoir que son travail a pour thème récurrent, le Sacrifice d’Isaac et Le Calvaire.
Ici, si la douleur du deuil est surtout exprimée par la mère, elle l’est de façon frontale. Si le drame offre à voir le visage ravagé d’une mère, toutes les scènes révélatrices de cet état sont d’une grande pudeur et d’une grande dignité.
Utilisant le plus souvent le plan séquence fixe, technique de filmage ici complètement justifiée, Jaime Rosales en optant pour un noir et blanc "dur", donne une consistance très forte à chaque plan et à son film.
Toutes les séquences sont d’un réalisme absolu, et si elles ne correspondent pas toujours à un choix attendu, elles donnent en restituant un quotidien filmé de façon tellement précise qu’on pourrait croire qu’il s’agit de moments "volés" à une vraie douleur. Chaque regard, geste, frémissement d’émotion, pèse de tout son poids pour rendre lisible sans insistance, le désarroi et surtout l’immense solitude où projette l’épreuve.
On pourrait parler, dans le cas de "Rêve et silence" d’un récit en creux et d’une observation d’une grande pudeur.
La scène du cimetière, filmée en plan séquence fixe et à telle distance qu’il devient impossible de distinguer les personnages, échappe à tout voyeurisme et l’émotion naît de l’immobilité de la foule et du seul mouvement de grue qui va élever le cercueil jusqu’à l’habitacle où il sera introduit, avant qu’on ne procède au cimentage de la dalle.
Les séquences choisies qui, collées l’une à l’autre, constituent une sorte de récit pudique, proviennent d’un travail d’improvisation qui n’appartient qu’à Jaime Rosales. Les comédiens ne prennent connaissance du contenu dramatique de la scène qu’ils vont interpréter qu’au dernier moment. Pas de répétitions des prises, un seul angle de prise de vue et tant pis, tant mieux si le comédien sort du champ.
L’amnésie du père qui a tout gommé de ses souvenirs le laisse à l’état de personnage secondaire au même titre que les parentes ou voisines qui accompagnent sans croire aux effets bienfaiteurs de leur présence, cette mère qui puise sa dignité en allant au fin fond de sa douleur.
C’est magnifique d’une émotion vraie.
Francis Dubois

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