Actualité théâtrale

« Rêve général » Jusqu’au 19 avril, au théâtre Daniel Sorano à Vincennes

La compagnie du Crik, compagnie de réflexion et d’investigation clownesque, se penche sur le travail. A l’heure où le discours sur « il faut remettre la France au travail » et « il faut travailler plus … » fait de plus en plus long feu, et alors que nombreux sont ceux qui voudraient tout simplement conserver leur emploi, cette création vient à point. On y trouve un écho de tous les discours à la mode sur le travail : son côté émancipateur, l’entreprise comme projet commun auquel tous doivent consacrer leur force et leur capacité d’innovation, l’art de gommer, en apparence, les pesanteurs hiérarchiques et celui de renommer les tâches ingrates pour leur donner une pseudo-dignité, et d’appeler restructuration ce qui se nomme en fait licenciements.
Les clowns de la Compagnie du Crik, dans un spectacle conçu et mis en scène par Jean-François Maurier, se trouvent donc confrontés à des situations où tout leur échappe. Dans une entreprise devenue folle, ils déplacent des objets, se créent leur petit monde, font des gestes répétitifs dont ils ne semblent percevoir ni le sens ni l’enjeu. Entre eux les relations sont celles de l’entreprise ; il y a le petit chef agité et hargneux, l’employée qui se croit indispensable et traite les autres avec arrogance, il y a celle qui est mise à l’écart et humiliée et qui tente de se faire une place, il y a l’employée débordée bien que pleine de bonne volonté, et le tire-au-flanc. Il y a aussi une sorte de vie propre des objets qui échappent à ceux qui sont censés les utiliser. Quasiment sans parole, ils nous font vivre la souffrance au travail, le stress face à l’urgence des projets et aux humeurs de la hiérarchie, l’angoisse de perdre son emploi. On pense parfois aux Deschiens avec ces personnages qui tentent de garder leur dignité dans des situations qu’ils ne maîtrisent pas, mais chez les Deschiens, c’est surtout aux objets que les hommes sont confrontés, ici c’est plutôt à la situation économique et sociale. Voilà une pièce où l’on parle du travail aliénant ou épanouissant, du travail à la chaîne comme du travail intellectuel, des relations tant hiérarchiques qu’amicales dans l’entreprise et où l’on prend le parti de réfléchir tout en souriant.
Micheline Rousselet

Théâtre Daniel Sorano
16 rue Charles Pathé, Vincennes
Réservations 01 43 74 73 74
Theatre@espacesorano.com
Du mercredi au samedi à 20h45, le dimanche à 16 heures

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