Actualité théâtrale

au Théâtre de Belleville

"Rêves" Jusqu’au 28 octobre

C’est après l’écriture de Littoral, la première pièce de sa tétralogie sur les déchirures du Liban, que Wajdi Mouawad a commencé à écrire Rêves. Il y parle des difficultés de la création, des douleurs, des craintes, des colères qui l’assaillent, des souvenirs, de l’amour, de l’exil, de la solitude, de la mort violente, des thèmes qui irriguent son œuvre. Il y évoque aussi l’étrange sensation qui l’étreint face aux personnages qu’il crée.

Willem, un jeune homme, débarque dans un hôtel et s’installe pour écrire ce qui doit devenir un roman. La logeuse s’incruste, bavarde, et pleine de bonnes intentions, l’accable de conseils et de remarques. Quand, enfin, elle quitte la chambre, apparaît Isidore, figure de l’inspiration, qui sème les premières graines de l’histoire et stimule l’imagination de l’auteur. Après lui défile une galerie de personnages, ceux de l’histoire de l’homme qui marche vers la mer, mais cet homme est multiple. Est-ce même un homme ? L’hôtelière reviendra dans la chambre et son bavardage intrusif deviendra plus sensible jusqu’à l’émotion de la révélation finale.

James Borniche a découvert en 2010 ce texte et en a été bouleversé. Dans sa mise en scène il s’est appuyé sur les œuvres de W. Mouawad mais aussi sur les chants de Maldoror de Lautréamont. Il y a en effet dans Rêves une dimension fantastique et poétique qui entre en résonance avec Lautréamont. Pour laisser se développer cette dimension poétique et étrange, James Borniche a, avec Antoine Sarrazin, crée une musique que ce dernier joue sur scène. Il a aussi beaucoup travaillé les éclairages, jouant, en miroir avec le texte, de lampes qui s’éteignent de façon intempestive, d’un voile qui emprisonne un personnage à demi oublié qui passe de l’angoisse, se demandant s’il existe encore, à la lamentation : « Je suis un souvenir dont on ne se souvient plus ». Il faut surtout saluer la qualité des jeunes comédiens, tous issus du Cours Florent ces deux dernières années ou encore en formation. Leur jeunesse ajoute à l’émotion du spectacle. Tous mériteraient d’être cités. On retiendra particulièrement Pierre-Yves Bon, qui joue Willem, en proie au doute et aux angoisses de l’écrivain, et Clara Lama Schmit, l’hôtelière, qui fait évoluer son personnage avec finesse. Femme bavarde, simple et agaçante de gentillesse, elle devient un bloc de souffrance exprimée avec une économie de mots et de gestes qui surprend.

Micheline Rousselet

Le lundi à 20h30, le mardi à 19h
Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Réservations : 01 48 06 72 34
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

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