Actualité théâtrale

Théâtre 13 Seine -Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 23 décembre 2012

"Richard III" de William Shakespeare Mise en scène Jérémie Le Louet

Lorsque William Shakespeare écrit "Richard III" , il a vingt-huit ans et n’a encore à son actif aucune des pièces qui feront sa gloire : "Roméo et Julette", "Othello", "Hamlet" ou "Le roi Lear".

Influencé par ses maîtres, Marlowe et Sénéque, il fait le portrait de Richard, Duc de Gloucester, personnage moralement et physiquement difforme, qui va ravir le pouvoir à ses frères et à leur descendance en les amenant à la mort.

Empêché de séduire par son apparence, il va s’imposer aux autres et les détruire, par l’éloquence et l’intensité de son verbe.

Avec les mots, il use de tous les artifices du théâtre : séduction, manipulation, composition, imprécation et fait de son accès au pouvoir la démonstration implacable et sarcastique de la monstruosité d’un monde corrompu.

La force de Richard III est dans la ruse verbale. Sa langue est une langue de combat à la fois excessive, violente, injurieuse mais avec des ruptures sidérantes qui en font, comme par magie, disparaître la barbarie.

En se débarrassant des motifs historiques qui nécessitent de la part du spectateur une parfaite connaissance de l’Histoire de l’Angleterre, Jérémie Le Louet offre une lecture particulièrement limpide de la pièce.

Son travail de mise en scène a donc porté sur les fulgurances, des variations d’intensité et de rythme, mais très peu sur l’époque.

L’ascension et la chute de Richard, les figures qui l’environnent, la concentration de l’action donnent désormais à la pièce une dimension intemporelle.

Le Richard de Jérémie Le Louet, qu’il interprète lui-même, est avant d’être une figure historique, un homme avide de pouvoir, celui qui annonce d’entrée, l’étendue de sa cruauté et ses projets machiavéliques.

S’il le fait au micro, face aux spectateurs, dans une tonalité presque confidentielle, c’est sans doute comme s’il s’agissait d’un artiste sur scène qui agit dans le but de charmer et de convaincre son auditoire.

Il se produit, avec ce premier choix de mise en scène, l’aveu fait au micro, un phénomène troublant quand l’astuce du jeu de l’acteur rejoint la malignité, la rouerie du personnage.

Jérémie Le Louet joue la proximité et après la longue tirade qu’il lui a fallu étirer, nourrir d’émotion pour convaincre sa victime de la qualité de ses arguments, il peut, sans que ce soit déplacé, ni apparaître comme une facilité, pousser un long soupir de soulagement en direction du public.

S’il est un monstre avide de pouvoir, Richard fait passer l’accès à la cruauté par des manières de sale gosse, de potache farceur comme si l’accession à la puissance, la plus suprême soit-elle, tenait de la jouissance du jeu.

Un décor simple mais d’une grande efficacité, un jeu de lumières qui va de la seule servante à une profusion de néons en passant par le rouge éclatant contribuent à faire de " Richard III" un spectacle singulier sans extravagances (ni vidéos !) parfaitement abouti.

Il faudrait citer les comédiens, tous parfaits, et la cohérence des partitions, fruit d’un travail de troupe rodée à la technique d’un travail collectif.

Un autre spectacle réussi à mettre à l’actif du Théâtre 13.

Francis Dubois

Théâtre 13 Seine, 30 rue du Chevaleret, 75 013 Paris

www.theatre13.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

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