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Un film de Jonathan Nossiter (France-Brésil)

"Rio Sex Comedy" Sortie le 23 février 2011

"Rio sex comedy" est le récit de la quête de plusieurs étrangers de passage ou installés au Brésil.
Charlotte, chirurgien esthétique britannique réputée, est déterminée à dissuader les candidates au remodelage de leur visage ou de leur corps de passer par le bistouri.
Irène, une anthropologue française réalise un reportage filmé sur l’exploitation de la misère dans les favelas mais n’échappe pas au paternalisme vis à vis de celle qu’elle emploie comme bonne à tout faire L’attirance qu’elle éprouve pour son chef opérateur aura bien souvent raison de sa conscience politique.
Bill, l’ambassadeur d’Amérique au Brésil, dépassé par ses responsabilités, fausse compagnie à ses gardes du corps et va se réfugier dans l’une des favelas les plus dangereuses de Rio. Il finit par se laisser entraîner dans les petites magouilles d’un guide touristique, escroc romantique.

Jonathan Nossiter est un brésilien d’adoption et, à travers une comédie désopilante, inventive déjantée et parfois audacieuse, il parvient à démonter certains mécanismes fondés sur les idées toutes faites qu’ont les étrangers sur un pays d’adoption et sur les images déformées ou fausses que leur renvoient les autochtones.
"Pra inglés ver", une expression qui date de l’époque coloniale signifie "ce qui est destiné à la vue des anglais" mais aujourd’hui cela pourrait signifier "Construire une façade pour que les étrangers ne voient pas la vérité du Brésil"et les brésiliens qui ont conscience de leur image, en jouent pour satisfaire, et décevoir à la fois, les attentes des étrangers.
Ainsi, les deux brésiliennes, Iracema la gringo et la nounou au service d’Irène, connaissent parfaitement leur partition pour décourager les attentes de hommes qui tournent autour d’elles, et brouiller un peu plus les cartes en rompant avec l’image attendue de la femme brésilienne.
Jonathan Nossiter, marié à une brésilienne, installé au Brésil depuis six ans avec l’intention depuis toujours d’y tourner un film, bénéficie de son regard de "demi-gringo", de celui qui est partie prenante mais qui reste un étranger.
Il a réalisé avec "Rio sex comedy" un film multiple, à la fois documentaire et fiction, où, démarche troublante, les comédiens qui appartiennent donc à la part fictionnelle de récit, portent leurs propres prénoms. Ce qui installe entre le récit et la partie documentaire, une proximité, une familiarité troublantes.
Et Bill Pullman, l’ambassadeur en fugue, personnage de fiction, découvre en même temps que le spectateur la réalité du quotidien des favelas alors que Fisher Stevens, escroc à la petite semaine, parfaitement intégré à la vie brésilienne, apporte un second niveau fictionnel d’une autre tonalité.
Jonathan Nossiter réussit parfaitement ce château de cartes narratif au point d’en faire une solide construction à mi-chemin entre le film social et la franche comédie.
Jamais l’édifice ne faillit et il fallait une solide maîtrise pour aborder ainsi son-ses sujets- avec une insolence potache et déjantée. Il faut avoir suivi Charlotte Rampling à l’allure altière, avoir croisé son demi sourire aux intentions multiples. Il faut avoir suivi la relation adultère de la reporter Irène Jacob avec son chef opérateur Jérôme Kircher, sachant qu’ils sont mari et femme à la ville. C’est pétillant, jubilatoire et lorsque ça a atteint des sommets de cocasserie, qu’on se dit que ça va finir en miettes, ça retombe sur ses pattes.
Un très agréable surprise.
Francis Dubois

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