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Un film de Jake Schreier (USA)

"Robot and Franck" Sortie en salles le 19 septembre 2012.

Franck, un septuagénaire solitaire et grincheux, cleptomane à ses heures, à qui sa mémoire fait de plus en plus défaut, fait le constat que le monde s’effondre autour de lui.

Les humains sont devenus des êtres métalliques, robotisés socialement, culturellement, programmés selon des critères de réussite sociale comme son fils, Hunter, ou d’idéologie caritative comme sa fille, Madison.

Sa hantise est avec l’ennui, et ceux qu’il appelle les nouveaux maîtres du monde, les arrivistes sans scrupules comme son voisin, un petit gigolo qui joue de la musique virtuelle et se fait entretenir par une riche maîtresse.

Pour que Franck puisse demeurer chez lui malgré ses défaillances de mémoire, son fils lui offre un robot qui va le seconder, le conseiller, faire le ménage, les courses et la cuisine.

Franck qui rêve encore d’un monde "donquichottesque" et sentimental va devoir s’accommoder de cette présence programmée.

Mais Robot s’avère être un être attentionné, prévenant, compréhensif et tolérant, plus humain que les faux-humains que sont devenus les humains et surtout amoral dans un monde empoisonné par la morale.

Tellement amoral qu’il va devenir le complice de Franck et l’encourager à demeurer cleptomane et cambrioleur, alors qu’il s’était presque résigné à cesser une fois pour toutes ces activités qui nécessitaient mémoire, précision et ruse.

Mais un beau jour, face aux circonstances, le futur amnésique sera obligé d’effacer les souvenirs de celui qui, entre temps, est devenu son ami.

L’homme s’était rapproché d’une machine qui s’était rapprochée de l’homme…

Jake Schreier, avec "Robot and Franck" donne tout à la fois une comédie légère et un film grave qui offre une vision peu flatteuse de notre société gloutonne et dévastatrice, une belle histoire d’amitié et un drame poignant.

Et ce qu’on pouvait attendre comme une fable démonstrative devient, au bout du compte, un récit qui, à mesure qu’il avance, se charge de vraisemblance.

Le robot, bloc de métal disgracieux, présence mécanique, nous apprivoise plus qu’on ne l’apprivoise et lorsqu’il se charge d’humanité, on ne s’étonne de rien et on accepte qu’il devienne plus humain que les humains et que Franck qui n’était plus qu’un vieux bougon misanthrope revienne, en sa compagnie, à des élans d’une tendresse qu’il croyait avoir définitivement enfouie.

Robot devient un personnage du récit comme un autre et si la séquence du cambriolage chez les voisins est du domaine de la comédie, celle où Franck est tenu de déprogrammer Robot est d’une force poignante.

Si nous sommes dans l’anticipation (peut-être), nous ne sommes jamais dans la science-fiction.

Par quel miracle parvient-on à nous faire croire à cette histoire ? La vraisemblance qui est le moteur du film, tient-elle aux seuls talents de cinéaste et de conteur de Jake Schreier ? Ne serait-elle pas aussi et pour beaucoup, due au jeu du grand comédien de théâtre Frank Langella constamment en équilibre entre étonnement, égarement, effarement, et cette lucidité qui éclaire encore sa vision des choses d’instant en instant.

Les autres personnages, plus conventionnels, apparaissent à point et volontairement dans le cliché, pour ajouter à la vraisemblance de l’histoire.

Une très bonne surprise !

Francis Dubois

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