Actualité théâtrale

A l’Aquarium jusqu’au 27 décembre

"Roi Lear 4/87" d’après Shakespeare, mise en scène Antoine Caubet

Quatre comédiens mêlés au public dans un dispositif scénique quadri-frontal interviennent à tour de rôle ou par deux sur une aire de jeu réduite à quelques mètres carrés.
L’absence de décor, de costumes qui pourraient situer l’époque, de lumières, d’accessoires, fait penser, quand le spectacle commence, à une simple mise en espace. Mais très vite on comprend qu’on est en face d’un travail abouti avec des comédiens habités et qui échangent les différents rôles avec beaucoup de fluidité.
La démarche d’une mise en scène dépouillée, de comédiens vêtus de leurs habits de ville qui offrent au passage, à un spectateur, puis à un autre, de lire quelques lignes de texte, de leur donner la réplique, pourrait faire craindre le procédé, la recherche scénique originale. C’est sans doute l’implication des comédiens, la puissance de leur jeu qui nous ôtent très vite de ce doute. C’est aussi très vite, aussitôt qu’on a saisi le parti pris, la mise en scène à la fois dépouillée et tellement inventive..
Il n’y a pas un seul Lear mais quatre, à différents moments de la pièce, alors qu’un seul acteur prend en charge les personnages à la fois de Lear et de Gloucester, mettant en évidence le parallélisme de leur parcours ou encore ceux d’Edgar et Edmond. A l’acte 1, les trois sœurs sont jouées par la même comédienne avec, pour créer les différences, un jeu expressif, presque scolaire, limpide.

© Pascal COLRAT pour le Théâtre de l’Aquarium

Le travail d’adaptation qui réduit la pièce de Shakespeare à moins d’1h 30, met bout à bout un choix judicieux de scènes et il ressort de ce découpage ciselé un spectacle saillant, vif, une sorte d’épure mais qui conserve au texte originel, son énergie, sa poésie et sa part d’émotion.
On pense au théâtre de Tréteaux, aux bateleurs, aux places de villages ; on pense au théâtre d’André Benedetto, on pense à Daniel Véronèse…
A partir de la traduction de Jean-Michel Desprats, Antoine Caubet a construit un spectacle brut et virtuose et sa mise en scène met le spectateur dans une position telle qu’il est amené à redécouvrir chaque moment et non plus à suivre l’évolution de l’intrigue et des personnages. Tout en respectant la nature des représentations données au début du 17ème siècle en Angleterre, où le lien entre le public et les acteurs était très fort…
Francis Dubois

Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre 75 012 Paris.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

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