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Un film d’Amos Gitaï (France) d’après le roman d’Elsa Triolet

"Roses à crédit" Sortie en salles le 15 décembre 2010

A la fin de la guerre, Marjoline, une jeune fille d’origine modeste, fraîchement débarquée à Paris, travaille avec talent comme manucure dans un somptueux institut de beauté tenue par Madame Denise. Elle épouse par amour Daniel, un jeune chercheur en horticulture. Au moment de s’installer, au lieu d’occuper la vieille maison de famille avec roseraie sous serre, Marjoline préfère habiter dans un appartement moderne. Pour le meubler et le décorer, elle est prise d’une frénésie à acheter et le jeune couple se retrouve bientôt couvert de dettes.
Les dépenses excessives de la jeune femme vont mettre leur amour en péril…
Après "Carmel", une œuvre en rapport avec Israël et le conflit au Moyen-Orient, sujets essentiels de son œuvre cinématographique, Amos Gitaï, a voulu réaliser une film éloigné de son cercle immédiat. C’est sur une proposition de sa productrice qu’il a été amené à lire "Roses crédit", un roman qu’Elsa Triolet écrivit en 1959.
Ce projet n’était pas un repli mais pour ce cinéaste, à quelques exceptions près cantonné dans une œuvre politique, le moyen de s’interroger sur d’autres questions, sur sa façon de travailler, le rapport à l’émotion, à l’engagement en abordant d’autres domaines.

Les deux grandes guerres mondiales auront eu pour effet de provoquer un rejet des grandes idéologies. Les perspectives utopiques se sont estompées au profit de plus de légèreté. On se met à aimer la musique légère, les couleurs flamboyantes, le plastique et le progrès sous toutes ses formes.
Elsa Triolet se place en visionnaire quand, dès les années cinquante, elle traite de la crise du crédit, de l’endettement de ceux qui auront cédé à la frénésie de la consommation. C’est ce point, essentiellement, qu’Amos Gitaï a retenu du livre dont il s’écarte en choisissant un dénouement plus ouvert et en refusant de mentionner l’origine sociale de Marjoline dans le livre. Pas plus que la jeune femme réduite au dénuement ne se suicidera et ne sera au final, dévorée par les rats.
D’un roman écrit de façon très classique, le cinéaste a fait un film libre qui repose sur un portrait de femme intemporel, situé dans les années cinquante, mais qui pourrait tout aussi bien être celui d’une jeune femme du début de notre millénaire. Cependant, Amos Gitaï a évité de situer le reste du récit de nos jours, refusant ainsi que le film en soit réduit à n’être qu’une chronique sociale sur notre époque. Rester dans les cinquante années était un bon choix pour montrer quelqu’un qui n’est pas de notre époque mais avec de troublantes similitudes…
En tête d’une belle distribution se trouvent deux très jeunes comédiens qui cessent d’être prometteurs pour passer définitivement dans la cour des grands. Léa Seydoux, magnifique Marjoline et Grégoire Leprince Ringuet qui, bien qu’en léger retrait, joue un Daniel très convaincant. On pourrait citer dans des rôles secondaires, les réjouissantes apparitions de Valérie Bruni-Tedeschi, Arielle Dombasle, Catherine Jacob ou André Wilms…
"Roses à crédit" est, en plus de ses qualités de reconstitution, un très joli film.
Francis Dubois

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