Actualité théâtrale

Henrik Ibsen mis en scène à La Colline

« Rosmersholm » et « Une maison de poupée » Jusqu’au 20 décembre 2009 et du 9 au 16 janvier 2010

Pour sa première mise en scène depuis qu’il est devenu directeur du théâtre de La Colline, Stéphane Braunschweig a choisi de monter en miroir deux pièces d’Henrik Ibsen, écrites à dix ans d’intervalle, «  Rosmersholm » qui a très peu été représentée, et « Une maison de poupée  » qui l’est très régulièrement.
Dans les deux pièces la question posée est : comment fait-on pour vivre quand on a pris conscience du hiatus entre la vie et la morale ? Dans les deux cas les personnages se trouvent précipités dans l’urgence d’une décision radicale. Ils ont l’espoir d’une vie autre, dégagée du poids des normes sociales qui les étranglent, et dans les deux cas ce choix douloureux ne va pas sans destruction. Dans les deux pièces enfin, ce sont les femmes qui sont au cœur de cette problématique car ce sont elles « qui vivent de la façon la plus aiguë l’étouffement social de la personnalité, c’est par elles que les cadres et les normes peuvent exploser » (Stéphane Braunschweig). Leurs personnages sont complexes et laissent une part d’ombre qui les rend fascinants.
Mais il y a aussi des différences entre les deux pièces. Nora, dans « Une maison de poupée  » est une jeune femme baignant dans une vie familiale petite-bourgeoise, dans la dépendance de son mari, et qui va prendre conscience de ce qu’a d’illusoire l’image qu’elle se fait de son bonheur familial, dans un monde où il n’y a plus d’idéaux et où la seule valeur est l’argent. Nora ne cèdera pas à la tentation du suicide et annonce sa volonté de partir, de s’émanciper. La Rebekka de « Rosmersholm  » est beaucoup plus émancipée et éduquée, mais elle échouera à être libre parce qu’elle se laissera déborder par une conscience de culpabilité. Quant à Rosmer il renonce à se libérer de ses entraves religieuses, familiales et sociales et ne pourra leur échapper que par la mort. A la différence de « Une maison de poupée », il y a dans « Rosmersholm » un nihilisme assez désespérant.
La scénographie épurée met l’accent sur l’enfermement. Une grande pièce grise pour « Rosmersholm » avec d’immenses portraits des ancêtres et une accumulation de fleurs blanches qui créent un climat mortifère, une bibliothèque moderne qui renvoie aux idées sociales et politiques vers lesquelles tendent les héros au milieu de la pièce, avant un retour à un éclairage sombre et aux murs gris pour la fin de la pièce avec la mort des espérances. Pour « Maison de poupée » un éclairage très cru qui traduit la brutalité du monde contemporain et qui devient plus sombre, au fur et à mesure que la menace plane sur Nora, et une porte surdimensionnée qui souligne l’angoisse liée à la lettre déposée dans la boîte aux lettres. Les comédiens sont parfaits. Maud Le Grevellec donne au personnage de Rebekka une subtilité qui explique bien que Freud ait fait de ce personnage l’objet d’une de ses études sur la psyché féminine. Claude Duparfait fait exister avec sensibilité le personnage de Rosmer, homme faible qui s’interroge sur ses choix. Dans « Maison de poupée », Chloé Réjon fait habilement progresser le personnage de Nora de la femme-enfant égoïste et insouciante du début à la femme consciente et exigeante quant au sens à donner à sa vie à la fin.
Micheline Rousselet

Théâtre de La Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 44 62 52 52

« Rosmersholm », mercredi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 17h et dimanche à 15h30
« Une maison de poupée », mardi à 19h30, jeudi à 20h30, samedi à 20h30, dimanche à 19h.
puis en tournée en février à Rennes puis à Reims.
www.colline.fr

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