Actualité théâtrale

Jusqu’au 17 octobre au Théâtre 71

« Sabordage » En tournée ensuite

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Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le Collectif Mensuel poursuit son travail d’agit’prop en s’intéressant à la question de l’urgence climatique. Le système capitaliste ultralibéral ne peut nier qu’il y a un problème mais cherche des solutions conformes à ses intérêts en refusant de voir qu’elles accentuent le problème et, qu’en continuant cette course au profit, il se saborde et nous conduit droit dans le mur.

Théâtre : Sabordage

Pour parler de l’effondrement qui s’annonce, ils ont trouvé un exemple parfait dans l’histoire véridique de la petite île de Nauru en Océanie. On suit donc son évolution : île paradisiaque, colonisations successives, expansion économique avec l’exploitation du phosphate, dépossession des terres et des cultures traditionnelles. Après l’indépendance et l’épuisement des mines, reconversion en paradis fiscal, en lessiveuse pour argent sale, vente de passeports pour gangsters à la recherche d’un abri et, comble du cynisme, location de terres à l’Australie pour qu’elle y installe un camp pour migrants tout juste débarqués, afin de les empêcher de demander l’asile chez elle. Et ce sabordage, orchestré par des politiciens véreux, ne peut que mener à l’effondrement final, qu’on voit venir, puisque l’île est menacée de disparition avec la montée des eaux liée au réchauffement climatique.

Pourtant il n’y a rien de didactique dans le propos du Collectif mensuel, il se situe plutôt dans la lignée de Brecht pour qui le théâtre n’est pas là pour résoudre les contradictions mais pour les exacerber. Pour le collectif « le théâtre reste un moyen des plus efficaces et des plus ludiques pour se saisir de thématiques complexes et les mettre à la portée de tous » . D’un mot, d’une image les comédiens croquent l’absurdité du système provoquant un rire grinçant. On rit beaucoup et en même temps on est fou de rage devant ce système qui nous mène à l’abîme.

Il y a une inventivité phénoménale dans la mise en scène qui fait feu de tout bois : théâtre bien sûr mais aussi théâtre d’objets, musique, film, mashup (fusion de plans de films différents dans un but parodique), maquettes, etc. Au centre de la scène, sur une grande table une maquette de l’île avec son sable, ses palmiers, ses barques de pêche. Musiciens et comédiens vont se charger (avec des objets aussi complexes qu’une bassine d’eau, un moulin à café, un tas de bandes magnétiques usagées !) du bruitage pour nous emporter au milieu du Pacifique. Ils font les oiseaux, les poissons, les moustiques et même les hommes ! Une caméra filme tout, cela devient grand sur l’écran au fond de la scène et se mêle au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire à des films de corsaires et à des comédies musicales américaines. On retrouve le détournement des films de leur précédent spectacle.

Trois comédiens (Sandrine Bergot, Baptiste Isaia et Renaud Riga) et deux musiciens (Quentin Halloy et Philippe Lecrenier) se chargent de tout avec un humour grinçant et une ironie mordante.

On rit beaucoup et on s’insurge. Et pourquoi ne pas rêver, comme eux à la fin, d’une mobilisation où le camp de migrants deviendrait une base de résistance au libéralisme triomphant. C’est très astucieux dans la forme, joyeux et généreux, les jeunes dans la salle ont adoré. Courez-y !

Micheline Rousselet

Mardi et vendredi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h30, dimanche à 16h

Théâtre 71

3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff

Réservations : 01 55 48 91 00

Tournée : 10 et 11 mars au Lux à Valence, 13 mars à Vénissieux, 16 et 17 avril au Bonlieu à Annecy, 28 et 29 avril à Châlons-en-Champagne, 5 et 6 mai à la Maison de la Culture d’Amiens

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