Actualité théâtrale

Théâtre du Petit Hébertot jusqu’au 29 décembre 2012

"Sacco et Vanzetti" de Alain Guyard Mise en scène de François Bourcier

1927. Sur le point de passer sur la chaise électrique, Nicola Sacco, petit cordonnier, est terrorisé par la mort qui l’attend, au fond de sa cellule. Il s’interroge sur l’avenir de sa femme et de ses deux enfants.

Son compagnon de lutte, Bartolomeo Vanzetti, solide comme un roc, toujours confiant, lui apparaît soudain.

Délire dû aux vingt-six jours de grève de la faim, effets des tranquillisants ? Rêve éveillé ? Hallucination ?

Qu’importe. Réunis dans la même cellule, ils revivent leur procès, les faux témoignages, les manipulations, les chantages des policiers et politiciens.

A travers ce retour en arrière sur sept années de calvaire à attendre le verdict, ils sont à tour de rôle, Sacco et Vanzetti dans les dernières heures avant leur exécution, la secrétaire qu’on a manipulée pour lui arracher une faux témoignage, un camarade mis au chômage pour avoir refusé de les charger injustement, le Gouverneur qui se rend au tribunal comme on va au cirque, les flics chargés de faire la chasse aux immigrés.

Vanzetti sait que la dernière épreuve qui lui reste à affronter n’est plus de faire triompher la révolution, mais d’aider son "frère" à mourir en homme libre.

Pour ce récit qui symbolise la fraternité, le courage, un idéal de justice et de liberté face au mensonge, l’intolérance et la discrimination, le metteur en scène François Bourcier a fait le choix de deux comédiens magnifiques dont la complicité de longue date, porte haut le flambeau de cette pièce.

Dau et Catella, tous deux de culture méditerranéenne apportent à ce " Sacco et Vanzetti" toutes les nuances de jeu, allant du rire aux larmes, du grotesque au sublime, reproduisant la succession des situations qui ont contribué à faire de ce procès une vraie parodie de justice.

L’efficacité de la mise en scène toute en contrastes n’est pas dans un déploiement de moyens. Le décor est réduit à quelques chaises qu’on laisse dispersées ou qu’on encastre pour représenter le tribunal, à un immense drap blanc, à quelques jeux de lumières bienvenus.

L’invention est dans le texte. Elle est dans le mouvement, dans le rythme, dans la force du jeu des comédiens.

Elle est dans la volonté lisible à tout instant, d’offrir au public le meilleur, sans jamais avoir recours à l’apitoiement.

On rit. On est ému, bouleversé et quand c’est la fin du spectacle, on applaudit très fort ceux qui ont su nous offrir pendant une heure et quart, en toute modestie, un vrai moment de théâtre où le talent de chacun contribue à créer quelque chose comme une sorte de magie…

Francis Dubois

Théâtre du Petit Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles 75 017 Paris

Réservation 01 42 93 13 04 / www.petithebertot.com

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