Actualité théâtrale

MC 93 Bobigny, jusqu’au 23 janvier 2011

"Sale août" Texte de Serge Valletti - Mise en scène Patrick Pineau

Le 17 août 1893 à Aigues-Mortes, petite agglomération de Camargue située dans la région des marais salants, ont lieu des émeutes qui débouchent sur un "pogrom", un des plus sanglants de l’histoire française. Parmi les ouvriers italiens, employés aux salins, pris à partie par des français, on compte huit morts et plus de cinquante blessés.
Quand le procès a lieu, en décembre 1893, le seul à se voir infliger une peine symbolique est un homme à qui il est reproché de ne pas avoir ouvert ses grilles pour abriter les familles d’italiens poursuivis par une milice improvisée aveuglément lancée dans une chasse à l’homme.

Les véritables assassins dont la culpabilité fut clairement prouvée furent acquittés et l’affaire prestement enterrée.
Refoulé de la mémoire nationale autant que de la mémoire locale, le pogrom et le déni de justice ont rejoint les "non lieux de mémoire" de l’histoire républicaine.
Mais le fait que des ouvriers italiens aient, pour des raisons qui restent confuses, été assassinés au pied des remparts de la ville sous le regard de Saint Louis rendant justice n’a jamais été totalement assumé.
Serge Valletti, habitant de Marseille et fils d’immigrés italiens, était l’auteur de théâtre à qui revenait de droit l’écriture d’une pièce sur le sujet et il a fait le choix de relater les événements du point de vue de notables et bourgeois de la ville et à travers le prisme d’un mélange de racisme ordinaire et de générosité bien pensante.
Patrick Pineau a tiré parti d’un dialogue vif, de situations parfois burlesques et, en concevant une mise en scène alerte avec des personnages pris dans une sorte de tourbillon, d’allées et venues de part et d’autre d’un tenture transparente, il a fait de "Sale Août" une sorte de vaudeville social macabre.
Si, dans un premier temps, on a l’impression que ce parti pris éloigne du propos, très vite, le choix de ne montrer que le contre champ trouve justification et s’avère efficace.
Du jeune homme aux idées progressistes à la jeune fille dont la seule préoccupation est de pouvoir prendre son train pour Paris en passant par les notables exaspérés par des événements jugés plus contrariants que dramatiques, s’affiche une palette de personnages qui échappent de justesse aux stéréotypes.
La Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration a tiré du silence ces faits longtemps occultés qui nous renvoient directement à aujourd’hui. Serge Valletti a fait se croiser la petite histoire familiale anecdotique et la grande histoire tragique. Ses questionnements sont toujours d’actualité puisque ce sont les mêmes qui traversent aujourd’hui la société française confrontée à la présence de l’étranger…
Francis Dubois

MC 93 Bobigny
1 boulevard Lénine 93 000 Bobigny
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 60 72 72
www.mc93.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)