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Un film de Karen Shakhnazarov (Russie)

"Salle N°6, Tchekov" sortie en salles le 5 mai

Le scénario de "Salle N°6 Tchekov" fut écrit il y a plus de vingt ans à partir de la nouvelle éponyme d’Anton Tchékov. Marcello Mastroiani devait interpréter Raguine. Mais la co production italienne qui voulait un film dans la veine des "Yeux noirs" de Nikhalkov, se heurta à la volonté de Karen Shakhnazarov qui avait en tête un autre film plus personnel et le projet, s’il fut annulé n’en resta pas moins présent chez le cinéaste qui restait en éveil, à la recherche d’un autre comédien qui conviendrait au rôle de Raguine.
Vladimir Ylyin qui jouait dans son film précédent allait s’imposer au cours de leur collaboration comme un Raguine idéal.
La salle N°6 est l’endroit d’un hôpital de la région de Moscou, réservé aux fous. Raguine en est le médecin. Il porte un regard indifférent sur les malades qui y déambulent et qu’ils considère comme des condamnés.
L’un d’eux pourtant fait exception, Gromov, un jeune homme érudit qui sollicite parfois Raguine pour des entretiens philosophiques qui durent des heures entières.
Le médecin se prend au jeu et ses rencontres avec le jeune patient deviendront une nécessité. Leur complicité et les sujets qu’ils abordent le feront insensiblement basculer, à son tour, dans une sorte de démence qui l’amènera à devenir aussi un pensionnaire de la salle N°6.
Karen Shakhnazarov a pris le parti d’une narration composée de moments disparates qui dans un premier temps, paraissent être étrangers les uns aux autres et composer un récit éclaté ouvrant sur plusieurs pistes. Sa démarche qui déroute trouve sa justification au moment où le récit se resserre sur Raguine et Gromov, sur leur rencontre, sur l’admiration qu’ils se portent l’un l’autre, sans concessions, silencieuse et bourrue. Raguine est-il la victime choisie du prédateur Gromov et sa dérive démente est-elle ou non, pour lui, le seul moyen de se rapprocher définitivement du jeune homme ?
Karen Shakhnazarov conduit le récit non pas sur des scènes essentielles mais sur celles, qui à la périphérie de l’histoire, produisent un malaise, un inconfort, une approche au plus près de la folie consommée ou prochaine des protagonistes.

©Baba Yaga

S’il est resté fidèle aux dialogues de Tchekov, il a souhaité transposer l’action dans la Russie contemporaine et on peut s’interroger à propos de ce choix. Non pas que le propos de Tchekov ne soit pas transposable et qu’il ne trouve pas d’écho dans le monde actuel, mais parce que l’actualisation du récit a sans doute laissé la bride sur le cou à une démarche narrative qui aurait gagné à être plus concise, moins éclatée.
Si la réalisation est aride, il reste longtemps après la vison du film, des images tenaces et l’impression forte qui résulte d’un subtil mélange de douceur et de cruauté…
Francis Dubois

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