Actualité théâtrale

La colline –Théâtre national Jusqu’au 4 février 2012

"Salle d’attente" Partenaire Réduc’snes

"Salle d’attente" D’après "Catégorie 3. 1" de Lars Norén. Mise en scène de Krystian Lupa

La pièce de Lars Norén se situe dans un asile. Un endroit où vivent reclus des gens qui présentent des faiblesses psychologiques, tenus en marge de la société.

Dans l’établissement spécialisé qui les accueille, adapté au degré de leur handicap, il leur est possible de vivre et de posséder une certaine valeur de normalité à peine décalée.

Jean-Louis Martinelli avait mis en scène la pièce de Lars Norén au pied de la lettre. Krystian Lupa lui, déplace à la fois le lieu et les personnages.

Chez Lupa, il ne s’agit plus d’un établissement médicalisé mais d’un lieu anonyme, d’une cave dont les murs de ciment sont tagués, où sont disposés ça et là des couchages vétustes, quelques accessoires disparates.

Cette cave est devenue le lieu de ralliement de jeunes gens en perdition, d’origines sociales différentes si l’on s’en tient aux tenues vestimentaires, aux langages, aux comportements disparates. Ils sont en rupture avec la norme sociale. Le lieu censé les accueillir ponctuellement est devenu leur point d’ancrage, pour combien de temps et pour y trouver quelle chaleur humaine ?

Certains d’entre eux n’ont pas encore mis de pied dans l’âge adulte, d’autres sont déjà parents mais restent à la marge et se réfugient, pour retarder le moment d’accéder à l’état d’adulte, dans une posture sociale provisoire où les menace un danger dont ils sont conscients mais dont ils font leur affaire, faisant de cette "salle d’attente", celle d’un déchéance révélée et revendiquée.

La première partie du spectacle dépeint ce monde singulier loin de toute normalité, qui fonctionne selon des codes précis, souvent indéchiffrables. Des jeunes gens se droguent, se piquent, s’avachissent sur des grabats, tiennent des propos qui prouvent leurs qualités intellectuelles, une culture certaine, mais qui s’expriment à travers un vocabulaire nauséeux.

Le début du spectacle déplaît-il ou dérange-t-il ? Il renvoie le spectateur à un monde dont il sait bien qu’il existe, qu’il rejette et dont il préfère ignorer l’existence, avec un réalisme confondant.

A quel moment, ce monde qu’on veut droit, a-t-il dévié de son tracé de normalité et pour quelle raison ?

Dans la pièce de Norén, les personnages étaient des gens atteints d’une maladie reconnue, répertoriée et les protagonistes se trouvaient dans cet établissement dans l’attente d’une amélioration de leur état, peut-être d’une guérison.

Dans l’adaptation qu’en a faite Lupa, les protagonistes sont des malades "volontaires" et la "salle d’attente" devient l’ antichambre d’une destruction annoncée, sans doute sans échappatoire possible.

Dans la deuxième partie du spectacle, les personnages qui nous sont devenus familiers se dévoilent et laissent doucement entrapercevoir leur humanité, tout ce qui chez eux, les rattache au monde dont ils se sont eux-mêmes exclus. Et c’est peut-être leur attachement aux valeurs traditionnelles, l’importance qu’ils continuent à accorder à des moments comme la fête de Noël, le rituel des cadeaux, qui révèlent le chemin parcouru et le peu d’espoir d’en revenir.

Ce spectacle de plus de deux heures, passé par des méandres dérangeants, par des sinuosités déplaisantes, se révèle au final comme un moment très fort qui nous a obligés à faire ce qu’on aurait jamais entrepris de son propre chef, la traversée en visiteur d’un enfer peuplé d’anges maudits, purs produits de notre société.

 

Francis Dubois

 

La Colline Théâtre National 15 rue Malte Brun 75020 Paris

 www.colline.fr

 Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 74 22 77

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