Actualité théâtrale

Théâtre 71 de Malakoff -Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 24 novembre 2012

"Sallinger" de Bernard-Marie Koltès Mise en scène Paul Desveaux

Dans un New-York entre puissance et décadence, le "Rouquin" vient de mettre fin à ses jours. La mort de l’aîné qui faisait l’admiration de son frère et de sa sœur, signe le début du démembrement de la famille et annonce l’amorce d’une dérive.

C’est, pour les "survivants", le début d’une errance dans les nuits de la grande ville, dans les boîtes de nuit où les filles sont désirables.

C’est, dès ce moment, une suite d’aventures sordides, drôles ou émouvantes à la recherche des autres et de soi-même, alors que résonnent les bruits d’une guerre qui s’annonce.

Le Rouquin, quoique mort, sourit à tout cela.

La rencontre entre Paul Desveaux, la troupe de comédiens argentins et le texte de Bernard- Marie Koltès s’avère, dès les premières minutes du spectacle, plus que comme une évidence, une "nécessité".

Le "feu" du jeu des acteurs va avec l’incandescence de la mise en scène confrontant sans cesse la poésie, le lyrisme de la partition, au réalisme, au "palpable" des situations.

L’œuvre de Koltès et peut-être plus encore quand il écrit " Sallinger ", renvoie au cinéma américain.

Si son New-York fantasmagorique apparaît comme un New-York littéraire, c’est qu’il en fait le territoire de l’écriture et des images.

C’est une sorte de fantasme où pourraient se croiser " Taxi Driver", Coltrane, Basquiat et le flingue de l’inspecteur Harry.

Un des talents de Bernard-Marie Koltès était de mêler une intimité avec son époque à un élan dramatique qui le rapprochait de l’écriture shakespearienne.

Il pourrait être l’héritier de Shakespeare de par la syntaxe, le lyrisme, le construction des phrases mais aussi par la manière subtile d’écrire le particulier avec le monde en perspective.

On peut rire de l’apparition d’un fantôme, être bouleversés par la profondeur du désarroi du frère et la sœur du Rouquin mais il y a toujours, lisible en filigrane, le force des questions politiques et philosophiques.

Et c’est dans cette façon d’écrire des histoires simples mais tellement voisines de son temps, que naît le tragique chez Koltès, que ses œuvres ne sont pas des drames, mais des tragédies, au sens grec du terme.

"Sallinger" est une poétique tragique du deuil, de la famille et de la guerre.

Le théâtre de Kolltès, peu connu en Argentine et de la troupe des comédiens qui l’interprètent, trouve ici comme un nouveau souffle avec un jeu frontal, parfois surligné, qui débarrasse le propos du fruit de lectures trop intellectuelles qu’ont pu faire de ses œuvres, certains qui ont tenté d’y trouver ce qui n’y est pas.

Francis Dubois

Théâtre 71 Scène nationale, 3, place du 11 novembre 92 240 Malakoff

www.theatre71.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 55 48 91 00

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