Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Du côté des polars, présent et éternité.

« Salt River », James Sallis Le sel du polar.

James Sallis est un auteur. Un vrai. Un de ceux qui savent construire un univers. Il sait, avec quelques riens qui font un tout insaisissable, envoûter simplement par l’organisation de mots, de réflexions. C’est un conteur directement issu de cette ville en forme de croissant, port ouvert à toutes les influences, la Nouvelle-Orléans, berceau de son style qui navigue entre rêves et réflexions philosophiques sur le temps qui passe trop vite. Le jazz lui a donné cette musicalité spécifique, de ces mots fantômes qu’il laisse percer dans ses phrases bizarres. Dans sa biographie de Chester Himes, il avait joué du texte dans des contextes différents pour faire comprendre que le même texte pouvait contenir une multitude de significations.

Désormais, avec son nouveau shérif – autre figure du détective privé, figure ironique -, John Turner, il a délaissé la Nouvelle-Orléans et Lew Archer pour envahir Memphis et ses environs. Il reste sur le Mississippi tout en suivant une des trajectoires du jazz et des blues.

Que reste-t-il de l’intrigue une fois le livre refermé ? Un soupir en forme de point d’interrogation sur le monde comme il va mal, sur nous, pauvres hères qui nous débattons dans des situations inextricables dans une histoire qui est la nôtre sans qu’elle le soit totalement. John Turner essaie de faire sa vie, jouer de sa liberté dans des conditions qu’il n’a pas librement déterminées. Il les subit. Plus ou moins bien. Son histoire est celle de ce pays étrange dans lequel il veut vivre. Les Noirs restent les parias, malgré Obama. La rivière salée, « Salt River », est celle de nos espoirs envolés. Il reste le sel de la terre pour en construire de nouveaux. Les utopies sont nécessaires.

Le seul résultat de John Turner pour avoir résolu une affaire, sauver un musicien…un banjo ! Un instrument-monde !

Nicolas Béniès.

« Salt River », James Sallis, Folio/Policier .

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