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Un film de Guillaume Kozakiewiez (France)

"Salto Mortale" Sortie en salles le 26 novembre 2014.

Alors qu’il prenait des risques à chaque fois qu’il faisait le funambule, Antoine Rigot est victime d’un banal accident de la vie.

Les vertèbres brisées à la suite d’un plongeon dans une eau insuffisamment profonde, il est réduit à se déplacer en fauteuil roulant.

Mais plutôt que de s’éloigner de la scène, son corps blessé l’incite à devenir à la fois l’objet et le sujet de nouveaux spectacles avec sa comparse Agathe. Aidé par son incroyable volonté et par l’enthousiasme de jeunes artistes circassiens et musiciens, la troupe crée sous chapiteau en 2012, "Le bal des intouchables" à Lausanne.

En 2014, le répertoire des "Étoiles" crée " Le chas du violon " interprété par Agathe Olivier et Coline Rigot dans une mise en scène d’Antoine Rigot.

C’est par hasard que Guillaume Kozakiewiez et Grégory Nieuviarts son coscénariste assistent à Rennes à un spectacle réduit au strict minimum (un homme meurtri dans son corps et une jeune femme qui l’accompagne et le soutient) et pourtant porté par une vraie puissance dramatique.

L’homme c’est Antoine Rigot. Ils le rencontrent et l’ex funambule propose aux deux cinéastes de passer trois jours avec la troupe.

L’idée du film est née et très vite il apparaît que le film sera long et dense

Cinéma : "Salto mortale"

"Salto mortale" est le portrait d’un homme et d’un artiste.

Avec le film, il s’agissait de mesurer la volonté d’un homme qui aurait pu être détruit mais qui ne renonce pas.

Même s’il passe parfois dans son regard de façon fugace un voile de tristesse, Antoine n’est pas un personnage triste, pas plus qu’il n’est prisonnier de son fauteuil et de son handicap.

Son seul besoin, et peut-être la seule chose qui lui reste à faire, est avancer.

C’est à sa seule volonté qu’il doit aujourd’hui de pouvoir rebondir. S’il progresse, si ses jambes arrivent à le porter, quel rapport Antoine entretient-il avec l’espoir ? Comment réagit-il intérieurement au doute qui sans doute le taraude ? Comment parvient-il à ce tour de force de confronter son corps blessé à celui des jeunes virtuoses avec qui il décide de travailler.

A l’image du personnage d’Antoine, le film tient à distance toute forme de complaisance. Il échappe à toute fascination, à l’admiration face au courage et à la performance..

La caméra se contente de suivre au plus près les tensions qui animent Antoine dans les moments où, se lever, marcher, s’entraîner, recommencer, est le fruit d’un énorme effort, d’un travail considérable ; de le suivre de la même façon sur scène où il réussit à jouer de son corps "empêché" dans une gestuelle chorégraphique d’un rare beauté…

La caméra capte, chez cet homme à la fois ordinaire et extraordinaire, les moments de découragement, de peur et de doute en rendant par l’image, les nuances, les contrastes, les sinuosités de ce parcours qui es la route d’Antoine mais qui revient à être la route de chacun d’entre nous.

Des images d’archives filmées avant l’accident au cours du spectacle " Amore Captus" donné en 1994, ponctuent le déroulement du "récit".

On y voit Agathe et Antoine effectuant des pirouettes, prouesse et pitreries sur, et sous le fil.

Son corps est alors d’une puissance qui laisse pantois.

Cette même masse vivante reflète aujourd’hui l’état mental d’un homme qui ne cesse de prendre des rendez-vous avec lui-même pour qu’un jour, il puisse remonter sur le fil et le faire avec Agathe sa complice de toujours.

Francis Dubois

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