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Un film de Warwick Thomton (Australie)

"Samson & Delilah" Sortie en salles le 25 novembre

Une communauté aborigène dans le désert du centre de l’Australie. Le vie s’y déroule de façon tellement terne que les sentiments possibles entre les habitants semblent s’être enfouis dans la répétitivité des actes quotidiens. Delilah compose des peintures naïves traditionnelles avec sa grand’mère malade. Samson traîne son inactivité et son attirance pour la jeune fille dans le décor poussiéreux de l’agglomération. Les deux adolescents s’observent. La mort de la grand’mère dont Delilah est rendue responsable, et une violente dispute survenue entre Samson et son frère aîné, amènent les deux jeunes gens à quitter le camp en volant la voiture de la communauté.
Mais l’existence à la périphérie de la ville d’Alice Springs où s’achève le voyage, s’avère pour eux, dure et cruelle…

La film de Warwick Thomton est d’une âpreté rarement égalée au cinéma et cette âpreté n’est pas dans les scènes de violence. Elle est dans les décors, les paysages, dans la description de la misère, dans l’extrême monotonie, dans le masque des visages, dans cette absence d’avenir qui plonge les protagonistes dans une résignation totale. La misère qui les submerge, contre laquelle ils ne se battent plus est tellement habituelle pour eux, elle appartient tant à leur quotidien depuis toujours, qu’elle est devenue une fatalité au point que la seule façon qui leur reste de survivre est de se perdre dans les vapeurs d’essence que Samson inhale à longueur de temps, et auxquelles Delilah a recours de façon plus épisodique.
Delilha, plus battante, tente de se remettre aux peintures naïves traditionnelles, de faire la manche aux terrasses des cafés et il faudra attendre l’accident qui la terrasse, une longue absence, l’extrême dérive de Samson, pour que, ayant touché le fond, les jeunes gens trouvent la force de se lancer dans une nouvelle vie au milieu de ce même désert qu’ils avaient fui.
Le film comporte le sous-titre de "True love". Il est sans doute utile de se rappeler cette précision au cours du récit. L’âpreté des sentiments n’ayant d’égal que la rudesse, la sécheresse des paysages, la cruauté de la misère, se dissout dans le souci de survie pour Delilah, dans les absences pour Samson, réfugié dans les vapeurs d’une drogue redoutable. L’amour, pour trouver sa mesure, son épanouissement a besoin d’une légèreté, d’une insouciance dont ici, les protagonistes sont totalement privés. A l’âge où, dans d’autres civilisations l’avenir est le champ de toutes les espérances, ici il s’est définitivement refermé.
Warwick Thomton a fait appel à des comédiens non professionnels pour interpréter les deux jeunes gens. Leur jeu brut renforce sans aucun doute, l’âpreté du récit.
"Samson et Delilah" a obtenu le prix de la Caméra d’Or au dernier festival de Cannes.
Francis Dubois

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