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Un film de Jérémie Reichenbach (Argentine)

"Sangre de mi sangre" Sortie en salles le 22 avril 2015.

Dans la banlieue pauvre d’une grande ville d’Argentine, Tato, vingt ans vit entouré de sa famille unie, solidaire et très croyante.

Autour de lui, sa mère, sa grand-mère, ses oncles et toute une ribambelle de proches.

Tato a atteint l’âge de se fiancer et de commencer à travailler à l’abattoir avec les hommes de la famille.

Cet abattoir a la particularité de ne pas avoir de directeur et d’être géré par un collectif d’ouvriers.

Si le lieu résonne du cri des bêtes qu’on tue, il résonne aussi des discussions enflammées des hommes car une autogestion n’est pas sans créer de conflits à propos de la conduite du travail et de la répartition des bénéfices.

En Argentine, avec la crise économique de 2001 et le mouvement social qui a fait suite, certains employés d’entreprises déclarées en faillite ont occupé leurs lieux de travail et relancé les machines. Des lois ont permis de légaliser ces expropriations.

C’est le cas de l’abattoir de Bahia Bianca qui a fermé ses portes en 2005 laissant les employés sans travail et sans indemnités.

La faillite étant déclarée frauduleuse, une trentaine d’ouvriers a occupé les lieux pendant deux ans sans percevoir de salaire.

Ils ne se sont retrouvés qu’à dix-huit à obtenir l’autorisation de récupérer et de gérer l’abattoir.

Ils ont embauché parmi leurs proches et c’est ainsi que dans " Sangre de mi sangre ", le personnel qui y travaille est composé des membres d’une même famille, pères, fils, neveux et cousins…

Cinema : Sangre de mi sangre

Le travail dans les abattoirs sert de toile de fond et de fil conducteur au film de Jérémie Reichenbach. Car celui-ci s’attache à suivre dans un quotidien où la famille "serre ses rangs", une communauté chaleureuse, friande de fêtes, de musique, de danses, de tablées et de repas pantagruéliques.

On travaille, on mange, on s’engueule, on chante, on s’aime et on se retrouve tous réunis et recueillis à l’église pour la messe et on est… âpre au gain.

On regarde les enfants grandir, les aînés vieillir.

En les filmant tels quels, au travail ou dans leur intimité, le metteur en scène touche à quelque chose de fondamental.

La vie résonne de la même façon entre les différents groupes sociaux. Le couple, la famille, les travailleurs de l’abattoir, la vie paroissiale ; et l’individu, par son appartenance à tous ces ensembles devient multiple : il est croyant, travailleur, en couple ou seul, père, fils, oncle…

En filmant la famille de Tato, Jérémie Reichenbach réalise en même temps qu’une "fresque sociale", un film qui ne perd jamais de vue le politique mais qui sait laisser aux protagonistes le temps de vivre pleinement avec les moyens du bord.

Un beau film à la fois alarmant et réjouissant.

Francis Dubois

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