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Un film de Pippo Delbono (Italie-Suisse)

"Sangue" Sortie en salles le 25 juin 2014.

Auteur, metteur en scène au théâtre et au cinéma, également acteur, Pippo Delbono crée au début des années 80 sa propre compagnie avec laquelle il réalise tous ses spectacles.

Artiste atypique au théâtre, il l’est tout autant au cinéma où il trace un drôle de sillon.

En 2003, il réalise " Guerra" un long métrage présenté à la Mostra de Venise où il remporte le David di Donatello du meilleur documentaire.

Suivront en 2006, "Grido" et "La P aura" qu’il tourne entièrement avec un téléphone portable, présenté en 2009 au Festival de cinéma de Locarno.

En juin dernier est sorti dans les salles en Italie et en France son film "Amore carne" .

En tant qu’acteur on a pu le voir entre autres dans "Henri" de Yolande Moreau ou dans "Un château en Italie" de Valeria Bruni-Tedeschi.

"Sangue" sa dernière réalisation raconte une étrange rencontre, celle de Pippo Delbono avec Giovanni Senzani, ex-leader des Brigades rouges à laquelle s’ajoutent les histoires de deux femmes : Margherita, la mère du réalisateur et Anna, l’épouse de Giovanni opposée à la lutte armée et qui a attendu le retour de son mari pendant les vingt-trois années de prison qu’il a purgées.

Ces deux femmes en même temps gagnées par des maladies incurables mourront à quelques jours d’intervalle, laissant deux hommes seuls, soudain blessés et vulnérables.

Selon les propres propos du réalisateur, " Sangue" raconte une histoire qu’il n’a pas imaginée mais qui a été écrite par la vie.

Margherita est une catholique fervente qui s’en remet à Dieu et Giovanni un ex-terroriste qui n’a jamais rien raconté. Ce sont deux êtres éloignés l’un de l’autre autant que possible que Pippo Delbono réunit à l’image comme un défi, comme dans un élan d’insolence, tentant peut-être en les associant dans son film, de trouver une sorte de parenté dans des convictions opposées.

Peut-être parce qu’il filme avec un téléphone portable qui ne le quitte pas et que, de cette façon, il laisse libre cours à ses instincts de créateur, il ne se soucie pas de linéarité.

Si les personnages de Margherita et de Giovanni apparaissent à l’image et se révèlent dans un récit qui les prend en compte, le film donne surtout préférence à la photographie, faisant de "Sangue" un exercice virtuose où les images de la nuit prédominent.

La couleur rouge ponctue des séquences abstraites faisant le lien entre l’arrière-plan dramatique de la maladie et un esthétisme qui tour à tour adoucit ou exacerbe la violence de la souffrance.

Pippo Delbono ne fait de concessions ni à l’émotion ni aux règles de la mode cinématographique.

"Sangue" est une œuvre sincère, pathétique, poétique, avec ce qu’il faut de candeur pour servir de garde-fou au moindre débordement.

Francis Dubois

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