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Un film de Jeanne Labrune (France)

"Sans queue ni tête" Sortie en salles le 29 septembre

Alice, prostituée de luxe, en prévision de la venue de son prochain client, étale à la tête du lit, par mesure d’hygiène, une serviette éponge. Xavier, psychanalyste, étend pour la même raison une serviette papier à la tête du divan où va s’étendre son prochain patient. Les deux gestes sont identiques. Ils annoncent ce que sera le propos du dernier film de Jeanne Labrune, les nombreuses similitudes existant entre la prostitution et la psychanalyse.
Alice, prostituée indépendante ne supporte plus ses clients et Xavier est las d’écouter les déversements verbaux de ses patients.
Alice, pour passer à autre chose, voudrait entreprendre une psychanalyse et Xavier que sa femme vient de quitter souhaiterait, pour rompre avec la solitude, faire appel aux services d’une prostituée.

© Photo Virginie Saint Martin

Alice et Xavier finissent par se rencontrer. Qu’adviendra-t-il ?
Avec "Sans queue ni tête" Jeanne Labrune propose un film inclassable toujours en équilibre entre ce qu’il est et ce qu’il n’est pas, entre ce qu’on pourrait attendre et ce qui survient à l’écran.
C’est indéniablement une comédie quand, au début du récit, Alice intéressée par un compotier chez un antiquaire propose de l’acquérir, non pas contre un règlement, mais en l’échangeant contre sa collection de pipes. Mais de quelles pipes est-il question ? Il semble y avoir malentendu sur le sens du mot.
C’est la peinture grinçante des difficulté du couple, quand Xavier doit quitter séance tenante le domicile conjugal sur la demande expresse de sa femme lassée de leur vie commune…
C’est une comédie quand Alice, travestie en épouse modèle, assise sur le canapé, mime l’attente du retour de son mari en tricotant. Le client joue le rôle de l’époux et ça devient une scène de Boulevard sur jouée et inénarrable. Ce n’est plus une comédie quand le client devenu exigeant dans une tonalité perverse extrême, se fait chasser par Alice visiblement lassée de ces mascarades et effrayée par les débordements de certaines pratiques.
Les travestissements derrière lesquels se cache Alice sont pour elle une façon de ruser avec la réalité et peut-être de rompre progressivement avec son métier.
Jeanne Labrune joue avec les rouages de la comédie pour mieux nous amener à observer ses personnages dans leurs moments de désarroi et à considérer que la prostitution et la psychanalyse sont des leurres. Dans l’une, le corps se vend pour créer l’illusion, dans l’autre, c’est du temps et une qualité d’écoute. Mais l’une et l’autre se règlent en monnaie sonnante et trébuchante.
"Sans queue ni tête" est une comédie grave, intelligente et savoureuse, tenue de bout en bout par une Isabelle Huppert qui une fois de plus renouvelle son registre de jeu et donne à Alice tout ce qu’elle a de léger et de grave. Bouli Lanners lui donne la réplique avec une retenue tout en nuances qui mène souvent à l’émotion.
Francis Dubois

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