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Un film de Pablo Larraïn (Chili Mexique Allemagne)

"Santiago 73 post mortem" Sortie en salles le 16 février 2011

Septembre 1973. Mario est employé à l’Institut médico légal à Santiago du Chili. Son travail consiste à retranscrire les rapports d’autopsie.
Amoureux timide de sa voisine Nancy, danseuse de cabaret soupçonnée de sympathies communistes, Mario va se trouver ébranlé, le jour où arrive à l’Institut Médico légal le corps de Salvador Allende.
Le réalisateur a construit son scénario à partir d’une fait réel. Un homme prénommé Mario était présent auprès de deux médecins lors de l’autopsie de Salvador Allende.
La question pour Pablo Larraïn était de savoir comment cet homme anodin s’était trouvé là, mêlé malgré lui à un moment clé de l’Histoire du Chili, sans pour autant que personne ne se soit souvenu de lui.

"Santiago 73 post morten" souligne, à travers le personnage transparent de Mario, la méconnaissance que peut avoir une frange de la population pourtant directement concernée, d’événements essentiels, de pages d’histoire qui se déroulent sous leurs yeux et dont ils sont à des lieues de mesurer l’importance historique.
Au premier plan du récit s’impose le personnage de Mario, un homme discret jusqu’à l’effacement, sans caractéristiques notables, faisant son travail de façon mécanique, sans y trouver le moindre intérêt, sorte de gratte papier privé de charisme.
L’unique préoccupation de cet homme, qui vit à la marge de l’histoire de son pays, est de conquérir ce dont il sait qu’il en sera fatalement privé, l’amour de la femme qu’il aime.
D’un côté une histoire intime, attachante de médiocrité et de l’autre, un événement qui aura marqué ce début de décennie 70, la chute et l’assassinat (ou le suicide) de Salvador Allende qui allait déboucher sur les années terribles qu’on sait, d’un régime totalitaire.
Si Pablo Larraïn a choisi comme personnage central de son récit, un être anonyme, insignifiant, c’est sans doute dans le but, à travers le regard absent de Mario, d’exprimer son propre ressenti d’événements qui se sont produits avant sa naissance, au cours d’une période qui demeure pour lui obscure et dont il recherche, à travers ses réalisations, l’essence du contexte.
En même temps que "Santiago 73" ranime le débat à propos de la mort d’Allende (suicide ou assassinat) il développe le thème récurrent de l’ignorance politique qui peut régner dans des pays en guerre ou livrés à la cruauté d’un dictateur. Quelles que soient les circonstances, la mesure de danger, d’insécurité, la vie prend le dessus et certains, sans doute dans un réflexe de survie, se réfugient dans le refus de considérer dans sa réalité, une situation politique qui ne les concerne pas, peut-être pour la simple raison que c’est le souci de survie qui prédomine.
"Santiago 73" est un exemple très réussi du récit en creux, discret et efficace, d’un événement historique marquant.
Francis Dubois

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