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Un film de Leon Hirszman (Brésil)

"Sào Bernardo" Sortie en salle le 11 juin 2014

Paolo Honorio s’est donné comme objectif d’acquérir la ferme de Sào Bernardo où il a travaillé comme simple ouvrier agricole.
Il finit par y parvenir à force de tractations malhonnêtes.
Arrivé à ses fins, il ne lui reste plus qu’à devenir un homme respectable et à fonder une famille.
Il épouse Madalena. C’est une jeune enseignante qui accepte de se retirer dans le domaine mais à la condition de garder le contact avec l’actualité politique, sociale et littéraire du pays.
Si Paolo aime sa femme, il reste un homme rustre qui considère le mariage comme une transaction commerciale.
L’émancipation de son épouse l’irrite surtout quand, face à son autoritarisme, elle se met à soutenir les ouvriers agricoles.
Dévoré par une jalousie maladive, Paulo Honorio ne supporte pas les relations que Madalena entretient avec des amis qui partagent ses idées.
Sans mesurer la portée et la cruauté de ses actes, il va petit à petit détruire sa jeune femme.

"Sào Bernardo" a été tourné en 1971 par Leon Hirszman, un réalisateur qui appartient au mouvement " cinéma nuovo" brésilien.
Son objectif premier n’était pas d’établir une communication avec les couches profondes du public brésilien mais d’appliquer la conception de cinéma d’auteur à des problèmes sociaux et politiques de son pays.

Avec "Sào Paulo", il adapte le roman éponyme de Graciliano Ramos qui, en respectant l’unité de lieu, raconte l’irrésistible ascension du personnage principal, la reconstruction économique de cet homme du Sertào qui dédie sa vie à l’accumulation d’un capital en transformant la nature et en industrialisant.
Leon Hirszman utilise le cinéma comme un outil pour la connaissance de la réalité afin de conduire le spectateur, face à ses problèmes, à adopter une position critique.
"Sao Bernardo" est une histoire populaire conçue dans un esprit esthétique, artistique, qui lui permettait d’échapper à la censure. Malgré toutes les précautions de forme, la censure exigea de nombreuses coupures de séquences qui faisaient allusion au système latifundium et remettait en cause le "miracle économique", terme donné par la dictature militaire à la construction de la route transamazonienne.

Le mauvais état de la copie restante de ce film déposé à la cinémathèque brésilienne a exigé un travail de restauration qui aura duré deux années.
Le résultat final est un film d’une étonnante modernité qui, malgré les quarante années passées depuis sa conception, en fait une œuvre universelle tant dans la forme que dans la toujours brûlante actualité du sujet.
"Sao Bernardo" est un film qui devrait être vu et apprécié dans toute sa beauté.

Francis Dubois

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