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Un film de Francisco Garcia (Etats-Unis)

"Sao Paulo blues" Sortie en salles le 21 mai 2014.

A Sao-Paulo, de nos jours, Luca, Luiz et Luara semblent être passés au travers des filets de l’embellie économique qu’a connue le Brésil.

Ils ont passé la trentaine, bricolent leurs existences entre l’espoir de jours meilleurs et la nostalgie de leurs espérances passées.

"On pourrait créer une entreprise" dit nonchalamment Luca aux deux autres. "Au lieu de chercher du travail, on pourrait en proposer à d’autres".

Luca est tatoueur "occasionnel" mais en réalité, il vit aux crochets de sa grand-mère, une vieille femme qui l’héberge.

Luiz travaille dans une pharmacie et deale des médicaments pour arrondir ses fins de mois.

Luara, sa copine, celle d’entre les trois qui a le plus la tête sur les épaules, vend des poissons exotiques dans une boutique où elle "traîne" ses journées.

Elle a, en la personne d’un quinquagénaire argenté, un amoureux transi qui n’attend qu’un signe d’elle.

Luca, Luiz et Luara sont-ils les représentants d’une génération brésilienne qui a raté le coche et est restée sur le bord de la route ? Ou plus généralement, le pur produit d’une génération qui, à l’échelle mondiale, a laissé passer le temps et s’est nourrie de projets inaboutis dont la mise bout à bout les a conduits à un point de non-retour ?

Paresse, dilettantisme, ambition démesurée. Les ingrédients du ratage sont réunis et plombent un trio qui, s’il s’ennuie dans les activités de la semaine, ne sait pas plus que faire de ses dimanches.

Et la rare fois où ils éprouvent un désir à portée de leurs moyens : aller passer une journée à la mer, la voiture tombe en panne livrant Luca à de nouveaux endettements.

L’arrestation de Luiz pour les petits trafics minables auxquels il se livrait, la maladie de la grand’mère qui la contraint à un séjour à l’hôpital, la tentation pour Luara de répondre aux propositions de son vieil admirateur ne seront qu’anecdotes.

Alors que des pluies torrentielles et incessantes inondent la ville, au lieu de se tenir à l’abri, le trio s’offre au déluge, chacun assis, résigné, comme s’il attendait que les précipitations atmosphériques apportent un épisode nouveau à leur vie ou les emporte dans ses flots.

Le soin que Francisco Garcia apporte à la photographie alors que les paysages et les décors s’accordent avec l’état des protagonistes, entre attente et désespérance, l’insolite qui naît d’un quotidien monotone, la façon dont la caméra capte les rares frémissements qui agitent les personnages font de ce film une œuvre lucide sur ce qui occupe (ou n’occupe pas) les pensées d’individus dont la responsabilité de la situation où ils se trouvent englués revient autant à eux-mêmes qu’à une société destructrice et indifférente.

Plus qu’un film au charme mélancolique, un constat cruel sur trois existences offertes à l’abandon.

Francis Dubois

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