Actualité théâtrale

Jusqu’au 9 mars au Théâtre de l’Atelier

« Savannah Bay » de Marguerite Duras Mise en scène Didier Besace

Didier Bezace crée au théâtre de l’Atelier  Marguerite Duras, les trois âges , une trilogie qui offre, dit-il « un parcours dans le temps de la vieillesse à l’enfance ou l’inverse selon l’ordre dans lequel on le voit », de Savannah Bay à Marguerite et le Président en passant par Le square. On retrouve dans les trois pièces la curiosité pour la vie et les gens, et à des degrés divers, le mélange d’humour, d’étrangeté et de douleur qui sont au cœur de l’œuvre de Marguerite Duras. Mais surtout, c’est une magnifique occasion d’apprécier son style si reconnaissable qui court après la vie, comme elle le disait, avec ces phrases courtes, émiettées, où la grammaire est parfois chamboulée, et ces silences qui ouvrent la voie à l’imaginaire.

Savannah Bay est une pièce qui cultive le mystère et où voisinent l’amour, la mort et la difficulté de se faire aimer. Une jeune fille rend chaque jour visite à Madeleine, une vieille femme qui fut une actrice de théâtre brillante, mais dont la mémoire se perd peu à peu. Elle lui sert le thé, des tartines de confiture, joue auprès d’elle les rôles de gouvernante, de costumière, de maquilleuse. Mais c’est un tout autre enjeu de la relation qui apparaît peu à peu, « la conquête d’une grand-mère par sa petite-fille », comme le dit Laure Adler.

Savannah Bay a été créée et mise en scène par Marguerite Duras elle-même en 1983 et jouée par Madeleine Renaud et Bulle Ogier. Didier Bezace a choisi de se détacher de cette mise en scène restée mythique. Dans un décor tout blanc, Emmanuelle Riva est sur scène tandis que l’on entend la chanson de Piaf « C’est fou c’que j’peux t’aimer, ce que j’peux t’aimer d’amour… ». Mince et fragile silhouette de vieille dame, elle est Madeleine, une actrice aux prises avec ses trous de mémoire et la douleur de la perte de sa fille. Face à elle la jeune fille, qui n’a pas de nom dans la pièce, l’entoure de sa tendresse et cherche à faire émerger ses souvenirs. Elles parlent des choses de la vie, « du petit froncé d’une robe », elles parlent d’autre chose que ce qui fait mal. Le mystère du passé, de l’amour et de la mort émerge peu à peu, sans grande démonstration, et c’est poignant. Emmanuelle Riva fut à 30 ans l’héroïne d’ Hiroshima mon amour , tourné par Alain Resnais sur un scénario de Duras. On la retrouve à 87 ans dans le rôle de Madeleine, cette actrice proche de la mort qui s’absente du monde de plus en plus. Elle est sublime, ses gestes retenus, ses silences, tout est beau dans ce qu’elle nous donne à entendre. A ses côtés Anne Consigny a la grâce, la douceur et la légèreté de celle qui parvient par son amour à sortir Madeleine de son enfermement dans la douleur et la solitude. Au « Autant mourir » de Madeleine répond le « Autant vivre aussi » de la jeune fille. C’est la vie qui l’emporte et l’on est submergé par l’émotion.

Micheline Rousselet

21h du mardi au samedi, le dimanche à 19h.

Théâtre de l’Atelier

1 place Charles Dullin, 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 49 24

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

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